Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 28.djvu/119

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Il n’y avait pas eu, à proprement parler, de mouvemens de troupes fédérées aux environs de la rue de La Vrillière, mais bien des groupes de gardes nationaux dépenaillés avaient rôdé autour de la Banque et avaient jeté des regards peu rassurans sur ses portes closes. Plus d’un qui s’était niaisement imaginé que la commune, par le seul fait de son usurpation, allait enrichir « le prolétariat » se disait, en voyant la Banque intacte et bien gardée, que toute richesse était là et qu’il était bien dur de ne pas tenter au moins un coup de force contre des caisses si bien garnies. Il était trop tard ; les fédérés qui eussent voulu l’attaquer n’étaient plus en nombre, et l’aspect de la Banque en armes les faisait réfléchir. Je crois pouvoir affirmer que le 23, dans un des états-majors de l’insurrection, il fut très sérieusement question de se précipiter sur la Banque, et, comme ils disaient dans leur grossier langage, de « la chambarder. » Un chef de légion qu’il est inutile de nommer, car il a échappé à toute recherche, mit fin à la discussion, en disant : « Il n’y a rien à faire par là ; ils sont en nombre et prêts. Le vieux Beslay est avec eux, c’est un traître ! »

Quelques vedettes placées sur les toits de la Banque annoncèrent vers cinq heures et demie du soir que l’on apercevait de lourdes fumées dans la direction du sud-ouest comme si un par le vent d’est ; nul reflet rouge, car, le soleil se couchant le 23 mai à sept heures quarante-deux minutes, la nuit n’était pas près de venir. Ce fut vers neuf heures du soir, quand déjà le crépuscule avait fait place à l’obscurité, que l’on apprit, avec un sentiment d’inexprimable horreur, que les fédérés incendiaient les quartiers qu’ils étaient forcés d’abandonner.

Le docteur Latteux, attaché comme médecin au personnel de la Banque et faisant fonction d’aide-major dans le bataillon des employés, avait essayé le 22, au matin, de quitter le faubourg Saint-Germain qu’il habitait pour venir prendre son service à la rue de La Vrillière. Il lui avait été impossible de franchir les rues dépavées, encombrées de barricades, pleines de coups de fusil et balayées par des volées de mitraille. Retenu prisonnier par les fédérés, et