Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/127

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que par un étroit bras de mer ; les deux flottes n’avaient donc qu’un faible espace à franchir pour se joindre. Hagésandridas prend résolument l’offensive. Il disposait de quarante-deux vaisseaux, venus pour la plupart de Locres, de Tarente, des ports de la Sicile; Timocharès ne pouvait lui en opposer que trente-six. Ce n’est pourtant pas l’infériorité du nombre qui cause ici le plus grand embarras des Athéniens; leurs équipages sont encore dispersés dans la ville que l’ennemi est déjà sur eux prêt à les attaquer. Il faut des vivres frais à ces matelots d’Athènes ; leur farine et leur fromage, leur ail, leurs olives, leurs anchois, leurs chapelets d’oignons ne leur suffisent pas. Trois jours de provisions sont d’ailleurs bientôt consommés. A peine a-t-on mis le pied à terre que, la drachme à la bouche, on court au marché, et, si le marché se trouve éloigné du rivage, il est facile de comprendre à quelles surprises on s’expose. Nous avons aujourd’hui des cales mieux garnies, nous avons le bateau de la marchande, admirable institution qui vient jeter un peu de variété dans une alimentation trop monotone ; nous n’avons même pas besoin d’aller chercher de l’eau à la plage, puisque nous distillons l’eau de la mer; nous ne sommes donc pas exposés à combattre, par suite de l’absence de corvées nombreuses, avec des équipages incomplets, comme les Athéniens à Erétrie, comme nos vaillans pères dans la baie d’Aboukir. Il n’en reste pas moins prudent de se tenir toujours à bonne distance des escadres mouillées dans un port qu’on observe. Ces escadres peuvent venir à nous avec toute leur pression; nous ne les bloquerons jamais avec tous nos feux allumés. Entrer en action avec une vitesse notablement inférieure est un désavantage qui ne le cède en rien à celui dont les Athéniens eurent à souffrir pour la première fois, mais non pour la dernière, sur la côte de l’Eubée. Il n’y a pas ici de corde teinte en rouge qui puisse, comme sur l’agora, envelopper la foule et la pousser où l’appelle son devoir. Les céleustes crient, les trompettes sonnent, les flûtes glapissent, et, pendant ce temps, Hagésandridas arrive. On a embarqué ce qu’on a pu; les Athéniens tiennent ferme ; leurs chiourmes impuissantes trahissent le courage de leurs hoplites. Poussés jusqu’à la côte, ils perdent vingt-deux bâtimens sur trente-six, et leur défaite est le signal de l’insurrection de l’Eubée.

Rien ne réussissait aux quatre cents. Le peuple, qui avait subi leur usurpation, qui l’avait même consacrée par ses votes, se leva contre eux dès qu’il les vit condamnés par la fortune. Il courut au Pnyx et les déclara déchus du pouvoir; l’autorité fut de nouveau remise aux cinq mille. Qu’aurait fait de l’autorité cette foule irrésolue, si l’on n’eût, du même coup, songé à lui procurer un guide? Le rappel d’Alcibiade fut décrété. Pour la crédule Athènes, non moins