Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/126

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lendemain d’une révolution considérée justement comme une revanche de l’esprit national. Il s’était trouvé, lui royaliste, fidèle aux souvenirs de la restauration, en présence des accusations populaires représentant toujours la royauté de 1815 comme ayant été ramenée par « les baïonnettes étrangères, » comme ayant vécu pendant quinze ans de l’alliance et de la protection de l’Europe absolutiste. Il combattait avec feu ces accusations ; il se faisait un point d’honneur de répudier ces solidarités, et à ceux qui lui rappelaient le mot du roi Louis XVIII déclarant qu’il devait sa couronne, après Dieu, au prince régent d’Angleterre, il répliquait vivement : « Quelques paroles que l’on cite, fût-ce des paroles de roi, je ne les couvre pas de mon suffrage, j’en abjure la responsabilité. » Il tenait, quant à lui, à rester avant tout l’homme de la France, à se défendre de toute inspiration de parti dans les affaires extérieures, et il en donnait le gage le plus significatif le jour où il disait : « Je sépare complètement de toutes nos querelles, complètement au fond de mon cœur et toujours, tout ce qui est relatif à la position de la France à l’égard de l’étranger. En tout temps et sous tous les régimes, je crois que je n’aurais pas eu un autre sentiment, et, pour me montrer à vous tel que Dieu m’a fait, si je disais ici toute ma pensée, je rappellerais une époque d’horreur, de crimes, une assemblée vouée par ses actes intérieurs à l’exécration des gens de bien, dont le souvenir soulève encore tout cœur d’homme : eh bien ! je la remercie d’avoir sauvé l’intégrité du territoire ! » Il avait la passion de la France, de son unité nationale qui faisait sa force ; il sentait en patriote, et c’est avec une sorte d’orgueil qu’il s’écriait : « Nous n’avons pas, nous, attachée à nos bras une Pologne ou une Irlande. Nous sommes libres. Nous n’avons pas même chez nous, grâce à notre caractère, à ce qui forme les êtres sur le sol de la France, nous n’avons pas même l’embarras des partis. Je n’en connais pas… Je n’en connais pas un seul où il y ait un homme assez coupable, assez peu digne d’être Français, pour que le jour où vous porterez noblement, fièrement, sincèrement devant l’Europe la question des grands intérêts français, il conserve le ressentiment. Je n’en connais d’assez haïssable nulle part. » Et autour de lui retentissaient les acclamations aussi bien que lorsqu’il traçait des tableaux pleins de grandeur, décrivant le rôle de la France assise « sur les deux mers qui viennent rouler leurs flots sur nos rivages et solliciter en quelque sorte le génie de notre nation. »

Animé de ce sentiment puissant de patriotisme, il se croyait le droit d’être difficile et même souvent sévère à l’égard de la révolution de juillet, non pas qu’il fît un crime au régime de 1830 de n’avoir point engagé la France dans les guerres de propagande où l’on voulait d’abord l’entraîner ; il avait trop de sagacité, trop de