Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/150

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Cap les Griquas orientaux. Les Cafres occupent les régions du nord-est et de l’est de la colonie du Cap, les Zoulous forment la frontière nord-est de Natal, dont les vingt mille colons de race anglaise sont noyés dans les flots de trois cent mille indigènes, mélange de Cafres et de Zoulous. Ajoutez à ces chiffres les quinze mille Baralongs enclavés comme une île noire au sein du territoire d’Orange, les indigènes au service des blancs répandus par milliers dans toutes les colonies, puis des multitudes bigarrées de Malais, de coulies hindous, de nègres de Guinée, épaves de l’ancien esclavage, de Cape Boys issus de parens importés de Sainte-Hélène. Sur tous les points, on le voit, les fourmilières noires enserrent et pressent leurs maîtres blancs, qui d’envahisseurs deviennent presque envahis.

Ce n’est que graduellement, et seulement à dater du jour où la colonie du Cap est devenue anglaise, que s’est effectuée la découverte du monde noir qui occupe la scène de l’Afrique australe. Pendant tout l’ancien régime colonial, et même pendant les premières années de la domination anglaise, les colons ne connurent guère d’autres indigènes que les Hottentots. Lorsque les Hollandais s’établirent au Cap, ils trouvèrent les tribus hottentotes en possession des meilleures terres et des meilleurs pâturages. Ils les en délogèrent sans beaucoup de peine et les repoussèrent toujours plus à l’ouest, dans les régions plus arides qui forment la lisière occidentale de la colonie du Cap. Prononcer le nom de Hottentot, c’est évoquer immédiatement aux yeux de l’esprit un type accompli de laideur bestiale, rendu familier à toutes les imaginations par les récits des voyageurs et les plaisanteries populaires. Physiquement, les Hottentots sont la plus repoussante des familles noires ; en sont-ils aussi la plus dégradée moralement, comme on n’a pas craint de l’avancer ? Dans tout ce qui nous est raconté d’eux, nous ne voyons rien qui autorise à admettre cette allégation. Sans énergie agressive, volontiers pacifiques, laborieux, toute l’histoire de leurs relations avec les Hollandais nous les montre doués des basses vertus des natures inférieures. Les colons, qui trouvèrent dans ces inoffensifs sauvages de précieux auxiliaires de travail, abusèrent d’eux jusqu’à les réduire à un état voisin de l’esclavage de nos bêtes d’étables et d’écuries, si bien qu’enfin le parlement anglais, indigné, passa, pour les délivrer de cette condition, le fameux bill dont nous avons précédemment parlé, lequel fut au nombre des griefs qui exaspérèrent les boers contre le gouvernement colonial. Comme les Hottentots n’ont jamais opposé une longue et sérieuse résistance à leurs envahisseurs, ceux-ci n’ont pas eu la peine de les détruire, mais cette servitude prolongée et les mélanges charnels qui en ont été la conséquence ont fait ce que n’aurait pu faire une guerre d’extermination. Aujourd’hui la race hottentote