Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/151

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proprement dite n’existe plus dans la colonie du Cap ; au moins M. Trollope raconte-t-il qu’il lui fut affirmé qu’il n’en rencontrerait peut-être pas un seul qui fût réellement de sang pur. En dehors même de la vieille colonie, ils ne font figure que sous la forme de griquas, c’est-à-dire de bâtards ou métis ; mais sous cette forme ils ont joué un rôle assez important dans l’histoire coloniale de ces dernières années, car c’est sur leur territoire qu’ont été découverts les champs de diamans, et ce sont eux qui en ont transporté la propriété à l’Angleterre. Quoique ce soient là des faits de date toute récente, et qui nous obligent à anticiper sur l’ordre des temps, nous les résumerons en peu de mots pour nous débarrasser définitivement de tout ce qui concerne la race hottentote, qu’elle soit de sang pur ou de sang mêlé.

En 1811, une horde de ces métis ou griquas s’établit, sous la conduite d’un certain Adam Kok, dans le pays situé à l’ouest du territoire d’Orange qui est connu sous le nom de Griqualand. Adam Kok les gouverna jusqu’en 1821, époque à laquelle il fut obligé de céder la place à un autre chef, nommé André Waterboer. Ce Waterboer n’expulsa pas son rival sans compensation, et Adam Kok put se retirer avec une moitié de la tribu sur la partie orientale du territoire griqua, aujourd’hui comprise dans l’état d’Orange. Soit qu’il trouvât qu’il était trop près de son compétiteur triomphant, soit pour toute autre raison, Adam Kok abandonna bientôt le pays qui lui avait été cédé et se réfugia sur un territoire désert, au nord de la colonie du Cap, alors connu sous le nom de terre de personne (no man’s land) et aujourd’hui désigné sous son nom, terre d’Adam Kok ; mais en se retirant il négocia avec l’état d’Orange la cession du territoire qu’il quittait. De son côté, André Waterboer, enveloppé, patronne et pensionné grassement par l’Angleterre, devenait le fidèle allié du gouvernement colonial et lui rendait de bons services contre les tribus des frontières nord de la colonie du Cap. Après lui, son fils Nicolas a continué ce rôle d’utile vassal, en sorte que, lorsque les champs de diamans furent découverts, les Anglais n’eurent aucune peine à obtenir de lui la cession de son territoire. Cette cession, l’état d’Orange en a contesté la validité pour toute la partie du pays où se trouvent les champs diamantifères. — Nicolas Waterboer m’a cédé ces terrains par bonne et authentique vente. dit l’Angleterre. — Il n’avait pas le droit de les vendre, car je les avais achetés d’Adam Kok il y a longtemps, répond l’état d’Orange. — La question de savoir lequel avait le droit de vendre cette terre du griqua Adam Kok ou du griqua Waterboer reste singulièrement obscure ; mais elle perd beaucoup de son intérêt par ce fait que l’Angleterre a trouvé le pays de bonne prise, se l’est adjugé