Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/153

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cette désignation, divisés qu’ils ont été en deux tribus nouvelles, les Galekas dans la Cafrerie indépendante et les Gaikas dans la Cafrerie anglaise, des noms de deux chefs, Galeka, arrière-grand-père de Kreli déjà cité, et Gaika, sous qui les guerres cafres commencèrent et à qui fut enlevé le territoire de Zuurveld. C’est, on le voit, une organisation qui n’est pas sans analogies avec celles des clans celtiques et des gentes latines des premiers siècles de Rome, avec beaucoup des habitudes de fractionnement de la barbarie germanique. Nous allons voir tout à l’heure que ce n’est pas à cela seulement que se bornent les ressemblances entre les pauvres hordes noires et les ancêtres de nos races les plus civilisées, et que ces ressemblances sont pour justifier le mot profond d’Arlequin cité par Voltaire à propos du grand dieu des Siamois : Tutto il mondo é fatto corne la nostra famiglia.

Le rêve favori des boers a toujours été d’éloigner les indigènes de manière à tenir à l’abri de tout élément natif les terres qu’ils occupaient, comme on purge les champs en culture en extirpant les mauvaises herbes. Ce rêve, le gouvernement colonial ne leur a jamais permis de le poursuivre longtemps ; ils commencèrent néanmoins par en obtenir une réalisation partielle lorsqu’ils se trouvèrent pour la première fois bien nettement en présence des Cafres. S’autorisant des perpétuels vols de bestiaux commis par les indigènes, ils demandèrent que ces voisins incommodes fussent expulsés du territoire du Zuurveld, qui leur avait été cependant laissé par traité. Le gouvernement colonial, qui en était encore à ses débuts, et qui ne prévoyait pas qu’il en arriverait avec les boers à ce degré de mésintelligence où l’on saisit avec satisfaction tous les moyens de faire échec à ses adversaires, crut devoir en cette occasion accéder à leur demande, et alors commencèrent ces guerres cafres qui depuis cette époque ont sévi sur la colonie à la manière dont les épidémies sévissent sur la santé publique dans telle ou telle région. Il y a eu des années de guerres cafres comme il y a des années de petite vérole, de choléra-morbus ou de dyssenterie, espacées à intervalles irréguliers. 1811, 1817, 1835, 1846, 1850, 1877, en tout six visites du fléau qui n’ont jamais duré moins d’une année et dont quelques-unes ont duré près de deux ans. Comme celles des épidémies, leur arrivée a presque toujours été quasi subite, sans longs symptômes avant-coureurs, et révélant par cela même une hostilité latente en permanence, un typhus de rébellion toujours prêt à se développer pour peu qu’une imprudence ou un accident viennent troubler les passions stagnantes ou en secrète fermentation qui en recèlent le germe ; le plus ordinaire incident suffit, un vol de bestiaux, un délinquant qu’on mène en prison, une rixe après boire à une noce de kraal entre Cafres indépendans et Fingos alliés des Anglais, et