Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/154

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voilà la guerre allumée. C’est assez dire que la physionomie de ces guerres est celle de toutes les guerres des peuples à leur origine, ou de celles qui se produisent dans les sociétés dont les élémens ruraux ont conservé jusque dans une ère avancée prépondérance et entière liberté ; cela ressemble tantôt aux guerres des Romains contre les peuplades leurs voisines, Éques, Volsques ou Sabins, tantôt aux guerres entre clans écossais, tantôt aux guerres des républiques italiennes à l’aube première de leur orageuse liberté ; de courtes expéditions composées d’escarmouches et de rixes sanglantes, de razzias ou d’égorgemens de bestiaux, de moissons détruites ou pillées. Nous n’avons pas à entrer dans le détail de ces guerres dont les résultats seuls sont intéressans pour nous. Ces résultats invariablement les mêmes ont été une extension de la colonie du Cap après chaque révolte. En 1811, les Cafres furent repoussés au delà de la Grand Fish river, en 1819, au delà de la Keiskamma, en 1846, le pays compris entre la Keiskamma et la Keï, déjà conquis en 1835 et rendu aux Cafres par la philanthropie de lord Glenelg, fut placé sous le protectorat colonial et reçut le nom de Cafrerie anglaise pour la distinguer des territoires au delà de la Keï, qui constituèrent la Cafrerie restée indépendante jusqu’à ces dernières années. En 1860, ce protectorat se transforma en gouvernement direct, et la Cafrerie anglaise, d’abord érigée en colonie séparée, fut quatre ans plus tard annexée à la colonie du Cap. Restaient aux Cafres toujours diminués les territoires au delà de la Keï ; la révolte de Kreli en 1877 a porté un coup mortel à ce dernier asile de leur indépendance. Lorsque M. Trollope quittait l’Afrique, on répandait partout l’avis de mise en vente de ? terres des Galekas, émané du commissaire des terres de la couronne. Quelques milliers d’hommes et une dizaine de millions sterling ont suffi à l’Angleterre pour couvrir les frais de ces acquisitions, qui n’auraient pas été payées cher si, en annexant la vaste et fertile région qui compose la partie orientale de la colonie du Cap, il n’avait pas fallu du même coup annexer ses habitans. S’il n’y a plus de Cafrerie en effet, il y a toujours des Cafres, et c’est là le revers de cet agrandissement.

Faut-il croire que ces guerres sont terminées ? En se reportant aux dates que nous avons données plus haut, on verra que les cinq premières se sont succédé à des intervalles relativement rapprochés, tandis que la dernière n’a éclaté qu’après une paix de plus de vingt-cinq années. Encore cette dernière méritait-elle à peine le nom de guerre et même de rébellion. Née d’une cause toute fortuite, elle a eu beaucoup plus pour mobile la haine contre les Fingos, peuple naguère esclave des Cafres et aujourd’hui allié de l’Angleterre, qui les a relevés de leur condition, que contre le gouvernement colonial. Kreli, le chef des Galekas, ne la voulait pas, a