Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/182

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fécondité des troupeaux et pour la valeur des produits. Le karoo, — c’est ainsi que s’appellent au Cap les pâturages, du nom d’un arbrisseau qui y croît en abondance et dont les troupeaux sont particulièrement friands, — n’est ni aussi régulièrement herbeux ni aussi également propre à la nourriture des moutons que le bush australien. Au printemps, il se remplit d’herbes et de fleurs, dans les autres saisons de l’année, il ne présente que le spectacle monotone de plaines uniformément desséchées. Les pâturages à végétation acre (sour velds) abondent, les indigènes sont des voleurs de bestiaux autrement redoutables que les natifs australiens, autrement nombreux que les free selecters ; le chien des Cafres n’est pas moins meurtrier que dans la Nouvelle-Galles ou dans Queensland l’importun dingo ; les boers sont avares et timides, et reculeraient, en eussent-ils les moyens, devant les dépenses qu’affrontent résolument les squatters de la Nouvelle-Hollande. L’élevage se ressent de toutes ces circonstances défavorables ; aussi ne faut-il pas chercher dans l’Afrique du sud les nombreux et énormes troupeaux australiens. Tandis qu’en Australie un squatter est tenu pour un éleveur d’importance secondaire lorsque son troupeau ne dépasse pas le chiffre de 50,000 bêtes, dans les colonies sud-africaines un troupeau de 4,000 ou 5,000 moutons est tenu pour considérable. Dans la colonie du Cap, le plus important de tous les établissemens sud-africains pour ce genre de production, le chiffre total de ces troupeaux était en 1876 d’un peu moins de 10,000,000, chiffre encore fort élevé, mais qui n’est cependant que la cinquième partie de celui de la Nouvelle-Galles-du-Sud. Nous n’avons pas les chiffres des autres colonies, mais nous pouvons les estimer approximativement par ceux des exportations annuelles de laine. Cette exportation étant en moyenne de 40,000,000 de livres, dont 30,000,000 reviennent à la colonie du Cap, cela laisse pour toutes les autres réunies 10,000,000 de livres environ, ce qui n’a rien d’exorbitant, surtout pour une nation gâtée comme l’Angleterre par ses succès coloniaux. Cette laine ainsi exportée arrive sur les marchés d’Angleterre ; mais là, nouveau mécompte, elle ne trouve acheteurs qu’à un shilling de perte sur le prix dont se paient les laines australiennes pour les qualités supérieures, à près d’un demi-shilling pour les qualités inférieures, soit parce qu’elle est en effet de valeur moindre, soit parce que les colons africains, moins experts dans les arts de cette exploitation que les squatters australiens, la lavent selon des méthodes incorrectes ou la tondent gauchement par flocons au lieu de la tondre par toisons.

Un peu découragés par ces résultats qui n’ont pas tout à fait répondu à leurs espérances, nombre de colons du Cap ont abandonné les moutons et se sont tournés vers un autre élevage de nature plus élégante et de couleur plus africaine, l’élevage des autruches. La