Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/233

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un instant autour d’une tombe, c’était assez de toutes ces causes réunies pour exciter cette émotion qui s’est produite, qu’il serait puéril de nier. C’est ce qu’on pourrait appeler une émotion d’humanité et d’imagination. Quant à la signification et aux conséquences politiques de cette mort, il ne faut évidemment rien dénaturer ni rien exagérer. L’avenir de la France ne tenait ni à la vie ni à la mort du jeune prince qui vient de disparaître. Que les bonapartistes paraissent déçus et déconcertés comme s’ils avaient perdu tout à coup l’espoir d’un règne prochain, qu’ils cherchent sur quel front ils placeront une couronne mise en morceaux à Sedan, qu’ils dissertent sur les constitutions de l’empire, sur les sénatus-consultes, sur la différence qui existe entre le « bonapartisme » et « l’impérialisme, » c’est leur affaire, ce n’est pas l’affaire du pays ; c’est une question de parti entre eux, ce n’est pas une question nationale. La vérité est que, le prince impérial eût-il vécu, il ne serait redevenu un prétendant redoutable que si on s’était plu à provoquer un de ces mouvemens de réaction qui emportent tout, qui ne s’arrêtent qu’à la résurrection des régimes de la force. C’est bien pins vrai encore avec tout autre prétendant du même nom. En un mot, aujourd’hui comme hier, et si l’on veut aujourd’hui un peu plus qu’hier, l’empire n’a de finances que celles qu’on voudrait bien lui faire ; il pourrait en retrouver, à l’heure qu’il est il n’en a aucune.

Rien ne le prouve mieux que l’entière liberté laissée sans péril à des manifestations qui sont certes parfaitement légitimes, tant qu’elles restent un témoignage de deuil et de regrets, qui le seraient un peu moins si elles tendaient à relever le drapeau d’un régime déchu et que, dans tous les cas, l’empire n’eût certainement pas tolérées. Le gouvernement a donné la plus sensible marque de force et de confiance en ne s’opposant à rien, et la moralité des derniers incidens, c’est justement que la plus sérieuse garantie contre les retours offensifs de l’empire est toujours une politique assurant à la France un ordre régulier dans des institutions libérales et parlementaires. Donnez au pays ce qu’il demande, la paix, la sécurité intérieure, la possibilité de vivre sans être sous l’obsession perpétuelle de nouveaux conflits, de nouvelles agitations, et l’empire ne sera pas plus à craindre avec le prétendant d’aujourd’hui qu’avec le prétendant d’hier ; il pourra, s’il le veut, se donner la stérile satisfaction de délibérer dans ses conciliabules sur la valeur de ses senatus-consultes. Souvenez-vous, même pour l’avenir d’une république, de cette parole du plus sage et du plus habile des rois, Léopold Ier de Belgique. : « Toute mesure qui peut être interprétée comme tendant à fixer la suprématie d’une opinion sur l’autre opinion est un danger. » C’est la politique de la raison supérieure, de l’équité et de la prévoyance opposée à la politique de parti. Avec cette inspiration, il y a sans doute encore des difficultés et des crises, il n’y a plus