Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/234

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de ces oscillations violentes, précipitant parfois l’opinion fatiguée et incertaine vers des expédiens qui semblaient d’abord impossibles, qui retrouvent tout à coup des chances inespérées par la faute des partis exclusifs et des pouvoirs mal dirigés.

Que le gouvernement y regarde de près aujourd’hui, qu’il s’interroge lui-même et sur la situation qui lui est faite et sur les élémens dont il dispose et sur les conditions d’un régime dont l’avenir dépend encore, après tout, de bien d’autres circonstances que de la mort d’un jeune prince. D’où peuvent venir, les fautes et les dangers, si ce n’est des excitations radicales, des prétentions révolutionnaires et exclusives des partis, d’un système de complaisances souvent involontaires pour des passions plus ou moins ardentes, plus ou moins sincères ? D’où peuvent venir la sécurité et la force, si ce n’est de la précision des idées, de la netteté de direction, du respect énergique de tous les droits essentiels et de toutes les garanties, d’une pensée avouée et résolue de modération dans la pratique des institutions libres ? Et c’est là précisément ce qui condamne cette loi de M. Jules Ferry, livrée aujourd’hui à l’ardeur des discussions parlementaires, conçue en dehors des nécessités vraies de toute une situation. Le gouvernement est sans doute parvenu, depuis quelques mois, à surmonter bien des difficultés accumulées sur son chemin ; il y est arrivé parce qu’après tout dans son ensemble il a l’intention du bien. Il a franchi, non sans peine, non sans efforts, mais en définitive sans faire de trop compromettantes concessions, tous ces écueils de l’amnistie, du procès du 16 mai, de l’élection Blanqui, du retour à Paris. La loi de M. Jules Ferry reste assurément pour lui maintenant l’épreuve la plus sérieuse, la plus redoutable, parce que ce n’est plus ici une question de circonstance, c’est une question de politique supérieure, de direction morale, qui touche aux intérêts les plus graves, aux instincts les plus profonds. M. le ministre de l’instruction publique s’emporte parce qu’on lui dit qu’il a fait une œuvre assez pauvrement conçue, assez peu réfléchie, qui confond tout et brouille tout, qui soulève sans prévoyance les problèmes les plus délicats, les plus difficiles et les plus inopportuns. C’est cependant la vérité, et cette vérité, elle éclate tout entière dans la discussion qui vient de s’ouvrir, dans ces débats où la loi nouvelle a été sans doute défendue plus ou moins heureusement par M. Paul Bert, par M. Spuller, par M. Jules Ferry lui-même, mais où elle a été aussi combattue avec autant de mesure que d’habileté par M. Gaslonde, avec une vive et forte éloquence par un jeune député républicain, M. Étienne Lamy, qui a eu le courage de rompre avec des préjugés de parti. En réalité, après comme avant la discussion, ce qu’il y a de plus clair, c’est que cette loi de M. Jules Ferry est certainement une œuvre malvenue, brutale ou inefficace, qui dépasse le but ou ne l’atteint pas, qui, sous prétexte de fortifier l’état,