Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/351

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


quartier, — ordre de la commune qui défend aux pompiers de bouger. — Réservoirs, tonneaux, pompes et travailleurs, tout est prêt dans la cour pour attaquer immédiatement, si le feu gagnait les maisons avoisinant la caserne ou la caserne même. Les gardes nationaux ignorent tous ces préparatifs. Le capitaine : Ch. » Cette dépêche est du 23 mai ; celle-ci est du 24 : « 11e compagnie. Ordre de la commune de ne pas sortir pour aler aux feu. (Commandant à capitaine.) Le sergent de semaine : N. » Ainsi les pompiers reçoivent directement dans leurs postes ordre de la commune de ne point se porter à l’attaque des incendies, et ils sont obligés de cacher aux gardes nationaux les préparatifs qu’ils font pour combattre le feu, dans le cas où ils en seraient sérieusement menacés. Je rappelle qu’après avoir allumé trois foyers dans le Palais-Royal, les hommes du 202e bataillon fédéré forcèrent les pompiers casernes au Louvre à prendre la fuite. La menace que si souvent l’on avait répétée : Paris sera à nous, ou Paris sera brûlé, recevait son exécution.

Il y a bien longtemps que cette lugubre rêverie hantait les cervelles révolutionnaires. En 1848, avant la journée du 15 mai, un homme célèbre par lui-même et par le nom de son père, libéral de vieille date et républicain convaincu, alla voir Sobrier, qui alors inspirait une crainte dont on aurait souri pendant la commune, et tenta de lui faire comprendre qu’il était dangereux, pour la cause même de la liberté, d’effrayer la population raisonnable par l’étalage de doctrines violentes et presque terroristes ; il ajouta que cette conduite impolitique pourrait faire naître une lutte dans laquelle le parti jacobin n’aurait pas le dessus. C’était prévoir et annoncer l’insurrection de juin. Sobrier écouta d’un air gouailleur les observations qui lui étaient adressées : « Baste ! répondit-il nous sommes deux cent mille, prêts à combattre. Si nous sommes vaincus, il nous restera une dernière ressource ; » et prenant une allumette qu’il mit lentement sous les yeux de son interlocuteur, il ajouta : « Nous le brûlerons, votre chien de Paris. » Il s’en est fallu de bien peu que la prédiction de 1848 ne reçût accomplissement en 1871, car tout le monde s’empressa d’y concourir, les chefs et les soldats.

Par ce qui s’est passé à la préfecture de police, on peut voir que ces hommes ne voulaient point être saisis au dépourvu, qu’ils redoutaient une surprise, un mouvement rapide de l’armée française, et qu’ils se tenaient prêts à ne lui livrer que des ruines. Le 21 mai, dans la nuit, Ferré apprend que les lignes de la révolte sont brisées, et que le général Douay marche sur le Trocadéro. Le 22, dès six heures du matin, je le rappelle, un capitaine de place, guidé par un concierge, visite les sous-sols, les postes du rez-de-chaussée, et y fait déposer trois barils de poudre entourés de caisses de cartouches.