Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/45

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et qu’ils les jetaient sur la place du Parvis, deux d’entre eux allèrent demander au directeur de l’Hôtel-Dieu de prêter les pompes de l’hôpital, afin que l’on pût combattre régulièrement l’incendie. Le directeur, qui était accosté de deux individus paraissant exercer sur lui une certaine influence, répondit que, si Notre-Dame brûlait, c’était sans doute par suite des instructions de la commune, que dès lors il n’avait pas à s’en mêler ; il ajouta : « Quant à vous, messieurs, agissez selon votre conscience, je ne m’y oppose pas. » — Ces jeunes gens n’avaient pas besoin de l’autorisation de ce pauvre hère, — qu’il vaut mieux ne pas nommer, — pour écouter leur conscience et faire leur devoir. Aveuglés par la fumée, les cheveux grillés, les mains endolories, ils s’acharnèrent à leur œuvre de salut. Cela dura longtemps. Pièce à pièce on démolit le bûcher ; on en traîna, on en poussa tous les débris sur la place où ils pouvaient brûler sans péril. Quelques habitans du quartier étaient accourus et prêtaient main-forte. Notre-Dame fut sauvée, et si Paris n’a pas vu périr l’église dont il est si fier, c’est aux internes pharmaciens de l’Hôtel-Dieu qu’il le doit. Le lendemain, jeudi 25 mai, les troupes françaises campaient au Parvis, et rien n’était plus à craindre.

Si le courage de ces jeunes gens n’avait arraché Notre-Dame à l’incendie préparé, il est probable que les apologistes de la commune, qui sont, comme l’on sait, gens véridiques, n’auraient pas manqué de dire que la vieille basilique avait été brûlée par les chanoines empressés d’ensevelir à jamais les traces de leurs crimes. Que l’on ne croie pas que je plaisante ; c’est ainsi que les communards ont écrit leur histoire. Le ministère des finances et la cour des comptes ont été détruits par des administrateurs infidèles qui voulaient faire disparaître la preuve de leurs malversations ; l’Hôtel de Ville a été miné et renversé par les hommes du gouvernement de la défense nationale, afin de mettre à néant quelques papiers qu’ils y avaient oubliés ; la préfecture de police a été « flambée » par des agens secrets qui craignaient d’être découverts, et la rue de Lille a été incendiée par ordre d’une grande dame qui désirait se débarrasser d’une correspondance compromettante, qu’elle avait déposée chez un de ses amis. Se dire le peuple le plus spirituel de la terre et imprimer de telles niaiseries, c’est vraiment abuser de la permission d’être bête, mais c’est donner une suite naturelle au roman des mystères de Picpus.


MAXIME DU CAMP.