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CHAPITRE PREMIER (1802-1803) [1].


Détails de famille. — Ma première soirée à Saint-Cloud. — Le général Morcau. — M. de Rémusat est nommé préfet du palais, et je deviens dame du palais. — Habitudes du premier consul et de Mme Bonaparte. — M. de Talleyrand. — La famille du premier consul. — Mlles Georges et Duchesnois. — Jalousie de Mme Bonaparte.

Malgré la date de l’année où j’entreprends ce récit [2], je ne chercherai point à excuser les motifs qui portèrent mon mari à s’attacher à la personne de Bonaparte ; mais je les expliquerai simplement. En politique, les justifications ne valent rien. Il existe en France un certain nombre de personnes qui, revenues seulement depuis trois ans, ou qui, n’ayant pris part aux affaires publiques que depuis cette époque, ont jeté une sorte d’anathème sur ceux de nos concitoyens qui, pendant ces dernières vingt années, ne se sont point tenus complètement à l’écart des événemens. Quand on leur dit qu’on ne juge pas s’ils ont eu raison ou tort dans leur sommeil prolongé, et qu’on leur demande de demeurer aussi neutres sur une pareille question, ils repoussent cet accommodement de toute la puissance des avantages de leur situation présente ; ils lancent le blâme sans aucune générosité, car il n’y a nul risque à proclamer aujourd’hui les devoirs sur lesquels ils s’appuient. Et cependant, en révolution, qui peut se flatter d’avoir toujours suivi

  1. Voyez la Revue du 15 juin.
  2. 1818. (P. R.)