Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/478

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prudens doivent consulter les signes extérieurs, se rendre compte d’un certain état général des choses en Europe et dans le monde, suivre les expériences des autres nations. M. le ministre de l’instruction publique, pour combattre les idées excessives de M. Madier de Montjau, citait lui-même l’autre jour un petit pays voisin, la Suisse, où un gouvernement radical a voulu, il y a quelques années, bouleverser toutes les conditions religieuses, ressusciter la constitution civile du clergé, et où un mouvement spontané de réaction vient de se produire contre les radicaux, en faveur des idées religieuses et libérales. Il aurait pu citer un pays plus grand encore, l’Allemagne, où c’est M. de Bismarck qui de son propre mouvement suspend la guerre qu’il avait déclarée aux catholiques et aux ultramontains, à ce qu’il appelait brutalement l’Internationale noire. Il est évident qu’aujourd’hui le courant européen ne va pas dans le sens de ce radicalisme qui menace et la liberté religieuse et les congrégations et les prêtres. Sous ce rapport, l’article 7 manque totalement d’opportunité, et c’est ainsi que ce projet ne répond ni à la situation générale de l’Europe ni à la situation intérieure de la France et aux intérêts bien entendus de la république, ni aux vrais nécessités de l’enseignement. Il y a même ceci de curieux que, si le vote a été en définitive pour la loi, la discussion est loin d’avoir été défavorable à la politique de modération et de tolérance qui a eu l’occasion de se produire, de lever son drapeau dans la mêlée des partis.

Telle qu’elle a été en effet, cette discussion de la chambre des députés qui précède celle du sénat a offert un intérêt particulier, un intérêt réellement politique, et elle reste peut-être un point de départ. Si cette loi qui est censée régler la liberté de l’enseignement supérieur et qui au fond n’a d’autre objet que d’exclure quelques congrégations, peut-être une seule congrégation, — si cette loi a été soutenue jusqu’au bout, avec un talent que nous ne voulons pas contester, par M. Paul Bert, par M. le ministre de l’instruction publique, les idées libérales ont trouvé pour les défendre tout un bataillon ou une élite qui n’a pas reculé devant le combat. C’est M. Etienne Lamy, un républicain sincère, qui a énergiquement ouvert le feu, et après lui, l’ancien ministre de l’instruction publique, M. Bardoux, a exposé dans un langage aussi ferme qu’élevé son contre-projet, qui se bornait à organiser et à fortifier le contrôle de l’état. M. Ribot a précisé cette politique de libérale équité avec une élégante et vigoureuse netteté. M. Léon Renault à son tour a fait le procès de l’article 7 en jurisconsulte plein de ressources et en homme public supérieur. Les uns et les autres ont donné l’exemple du talent et même du courage. C’est presque tout le centre gauche qui est allé au combat, et au bout du compte, au vote il s’est trouvé une vingtaine de voix de la majorité républicaine qui se sont détachées, qui jusqu’à la fin ont protesté contre d’inutiles ou dangereuses restrictions de garanties depuis longtemps acquises. Ceux qui ont persisté jusqu’au