Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/480

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et le sénat. Il n’y a que quelques mois que M, Depretis, dans un mpment difficile, avait remplacé au pouvoir M. Cairoli, qui semble maintenant appelé à recueillir l’héritage de celui dont il aura été tour à tour le prédécesseur et le successeur. C’est le quatrième ou cinquième ministère depuis que la gauche est arrivée aux affaires à Rome, et ce n’est probablement pas le dernier dans la confusion qui a envahi le parlement italien. Il n’est point impossible que M. Cairoli, s’il reprend décidément aujourd’hui la présidence du conseil, succombe bientôt à son tour devant quelque coalition semblable à celle qui le ramène au pouvoir. La fortune ministérielle est changeante à Rome plus que partout. La seule solution des difficultés parlementaires de l’Italie sera peut-être d’ici à peu dans des élections nouvelles, qui ne seront elles-mêmes qu’un grand inconnu ; mais de ces crises diverses, la plus curieuse, la plus significative est assurément celle qui s’est déroulée pendant quelques jours à Berlin : trois membres du cabinet prussien s’en sont allés, le ministre des cultes, M. Falk, le ministre des finances, M. Hobrecht, et le ministre du commerce, M. Friedenthal ; trois nouveaux ministres sont arrivés, M. de Puttkamer, M. Ritter et M. Lucius.

Il faut rester dans le vrai. La gravité de la question n’est pas dans le remplacement de quelques hommes par quelques autres hommes dans le cabinet de Berlin. Il ne peut y avoir de crise ministérielle bien sérieuse là où la politique tout entière se résume dans un seul homme, et les récentes modifications n’ont de valeur que parce qu’elles sont l’expression prévue de l’évolution accomplie par le chancelier lui-même. Cette évolution, elle ne date pas d’hier, elle est sensible depuis quelque temps, elle a passé déjà par toute une série de phases et d’incidens. M. de Bismarck ne trouvant pas, pour ses projets douaniers et financiers, l’appui dont il avait besoin parmi les nationaux-libéraux du parlement, a tout simplement cherché de nouveaux alliés parmi les conservateurs et les membres du centre catholique. Cette alliance, qui lui était nécessaire pour arriver à l’adoption de ses projets, il ne pouvait l’avoir que par des concessions sur la politique religieuse, et ces concessions, il n’a pas hésité à les faire ; il ne s’est senti nullement embarrassé, M. de Bismarck est un politique d’un esprit parfaitement libre qui ne redoute pas le changement dans ses amitiés, qui n’a pas de scrupules sur les moyens pourvu qu’il puisse arriver à ses fins. C’était connu depuis longtemps, et il n’a pas craint du reste de dévoiler lui-même son secret dans un discours récent plein de hardiesse humoristique. « J’ai été successivement haï par tous et aimé par quelques-uns, a-t-il dit. Cela a eu lieu à tour de rôle. Je n’ai jamais songé qu’à une seule chose ; créer et consolider l’unité de l’Allemagne… » Voilà le but. Quant aux moyens, il n’y met pas de façons. Un jour il a été parlementaire, un autre jour il serait absolutiste ; hier il était avec les libéraux, aujourd’hui il est avec les conservateurs et les catholiques, — et voilà pourquoi