Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/493

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qui était alors jeune, ardent, curieux de gloire, amoureux de pensée, de poésie, de liberté.

La vie de Dubois, de 1824 à 1830, se confond avec la rédaction du journal dont il était directeur. Les événemens de cette vie ne sont autres que les idées qu’il y défendait et que nous allons résumer dans les pages suivantes. Le dernier incident de cette période fut le procès et la condamnation du Globe en 1830 ; nous en exposerons les motifs et les circonstances. Disons seulement que Dubois, condamné à quatre mois de prison pour avoir prédit la révolution, accomplissait sa peine au moment même où cette révolution avait lieu, et fut délivré par l’événement même qu’il avait voulu prévenir.

Avec 1830 finit pour Dubois la période d’opposition ou du moins d’opposition irrégulière ; il entra dans les cadres du gouvernement nouveau, d’une part comme membre de la chambre des députés, de l’autre comme fonctionnaire éminent de l’Université. Sa ligne de conduite politique pendant les dix-huit années de la monarchie de juillet peut se résumer en un mot : il suivit en général la ligne de M. Thiers. On signale de lui, lors de la grande discussion sur l’hérédité de la pairie, un grand discours inspiré d’une forte pensée : c’est que la chambre haute, pour exercer une véritable action, ne doit n’être ni héréditaire, ni nommée par le roi, mais élective, seulement dans des conditions électorales différentes, pensée qui a inspiré la formation du sénat actuel.

Dans l’Université, Dubois a exercé une très grande influence, d’abord comme inspecteur général, et surtout plus tard comme directeur de l’École normale et membre du conseil royal de l’instruction publique. On sait que le conseil, à cette époque, était en quelque sorte souverain dans le gouvernement de l’Université. Cette souveraineté était divisée en huit personnes, suivant la nature des divers enseignemens ; mais chacun était maître absolu dans son ordre. Dubois fut pendant douze ans, de 1840 à 1852, un des membres de ce souverain à huit têtes, que M. Salvandy d’abord avait amoindri et que la réaction de 1850 et de 1852 devait abattre. A l’École normale, il remplaça M. Cousin comme directeur et y resta également jusqu’au coup d’état.

M. Vacherot, collaborateur de Dubois dans la direction de l’École normale à cette époque, est bien placé pour nous faire comprendre quelle était la pensée inspiratrice de Dubois dans ces fonctions diverses : « Dubois, dit-il, n’eut jamais qu’une vocation, une pensée, une ambition : entrer en communication avec la jeunesse, lui ouvrir toutes les voies. N’ayant lui-même aucun goût pour tout ce qui sent l’école ou la secte, il n’y engageait jamais