Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/508

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Pourquoi l’église n’a-t-elle pas écouté ces sages conseils ? Pourquoi n’a-t-elle pas consenti à s’accommoder à cette société nouvelle où elle a sa place légitime et respectée ? Pourquoi a-t-elle inutilement pris parti pour toutes les doctrines qui sont le plus antipathiques à cette société ? Pourquoi a-t-elle renié et traité si durement dans son propre sein ceux qui ont cru à la possibilité d’un accord ? Pourquoi a-t-elle dénoncé comme des crimes les besoins les plus légitimes et les plus sacrés ? Pourquoi a-t-elle dit ouvertement que ces droits sacrés, elle ne les supporte que quand elle ne peut pas faire autrement ? Et pourquoi les combat-elle, par exemple en Espagne, quand elle se croit la plus forte ? Pourquoi se compromettre dans la politique pour tous les partis de réaction ? Pourquoi avoir renoncé à l’attitude sage et discrète qu’elle avait eue pendant une partie de la monarchie de juillet ? Pourquoi avoir cru que la grande crise de 1848 était une occasion de reconquérir le terrain perdu ? Et pourquoi depuis cette époque le principe théocratique a-t-il fait sans cesse en son sein de nouveaux progrès ? Il ne nous appartient pas de répondre à ces questions, et nous n’avons pas à discuter la conduite d’une église qui a ses chefs pour la diriger. Disons seulement qu’on a réveillé des passions qu’une conduite plus sage eût peut-être amorties, qu’on a préparé à notre société actuelle des complications dont elle n’avait que faire, et que l’on aura peut-être besoin un jour pour se défendre de l’appui des principes qu’on avait dénoncés et honnis !

Ce n’était pas seulement la liberté philosophique qui était menacée par la restauration, c’était encore la liberté religieuse proprement dite, la liberté des cultes dissidens. C’était, par exemple, le procès des piétistes de Bischwiller, petite communauté de cinquante mille croyans qui datait de deux siècles et qui étaient condamnés au nom du code pénal, interdisant les associations de plus de vingt personnes ; c’était, en un sens opposé, la petite église des louisets, secte catholique ardente de Bretagne qui repoussait le concordat et soutenait que Pie VII était tombé dans l’hérésie en traitant avec Napoléon, qui repoussait enfin les prêtres concordataires avec autant d’horreur que les prêtres assermentés. Dans cette circonstance, le principe de la liberté religieuse l’avait emporté : condamnés en première instance, les louisets avaient gagné leur cause en appel. C’était encore la question du serment juif. On prétendait imposer aux juifs dans les affaires le serment spécial de leur foi et les faire jurer more judaico. Il semblait qu’il n’y eût là rien de contraire à la liberté de conscience, puisqu’on faisait appel à la foi particulière des citoyens ; mais c’était justement donner au serment un caractère confessionnel qu’il