Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/512

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Elle fut d’une correction irréprochable ; mais surtout Dubois montra en cette circonstance une sagacité et une hauteur de vues qui dépassaient de beaucoup la question elle-même. Cauchois-Lemaire avait pressenti 1830 ; Dubois voyait plus loin encore, et ce qu’il écrivait alors aurait pu paraître aussi bien cinquante ans plus tard. Il relevait d’abord l’étourderie peu judicieuse du publiciste ; il reconnaissait que ces conseils n’étaient « ni des plus sages ni du meilleur goût. » Il faisait remarquer avec raison qu’un prince qui cherchait la popularité, comme croient devoir le faire souvent les représentans d’une race cadette, n’acquerrait que la réputation « d’un ambitieux inquiet. » Au point de vue littéraire, il reprochait au pamphlet d’être « un pastiche de précautions oratoires, » un morceau « de rhéteur, » en un mot « une erreur de goût. » D’un autre côté, il signalait avec force au gouvernement le danger d’un procès qui allait substituer « à une proposition douteuse des questions immenses et redoutables, » et qui répandrait partout « cette terrible idée qu’on pourrait au besoin trouver un successeur illégitime à la dynastie régnante. » Procès d’autant plus maladroit de part et d’autre qu’il tombait précisément en 1828, au moment où un sérieux essai d’accord se tentait entre la nation et la royauté, car on était au début du ministère Martignac.

Telles étaient les impressions qu’avait inspirées à l’esprit droit et sagace du directeur du Globe la malencontreuse affaire du procès Cauchois-Lemaire ; mais au-dessus de ces impressions du moment, qui n’ont plus pour nous aujourd’hui qu’un intérêt historique, Dubois saisissait l’occasion d’établir des principes d’un intérêt plus élevé et plus général, et qui nous montrent clairement dans quelle direction politique il eût voulu engager le pays. Ce qu’il reprochait le plus sévèrement à Cauchois-Lemaire dans sa maladroite et inconvenante entreprise, c’était « le rôle qu’il faisait jouer à la nation dans cette circonstance. » Il s’étonnait qu’un esprit si libéral eût cependant un sentiment si peu juste de la liberté qu’il se crût obligé « de lui chercher des patrons parmi les ducs et les princes. » Il admettait bien qu’un grince pût apporter son influence et sa clientèle à la cause de tous ; mais c’était au même titre « qu’un riche banquier ou un manufacturier considéré. » Mais il blâmait énergiquement cette tendance servile à toujours tourner les regards vers quelques astres éblouissans et ce penchant fatal à chercher sans cesse de nouveaux tuteurs. — « Adressons-nous, disait-il, à la nation : c’est à elle seule qu’il convient d’être une puissance. » Quelle vue précise des vrais principes ! et combien ne fallait-il pas d’années pour que la nation arrivât à prendre conscience d’elle-même, et à chercher en soi et non dans des maîtres fragiles la