Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/561

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luttons à nos portes même, que les Allemands resserrent les lignes d’attaque et lancent des obus dans Paris ; lorsque le pain manque à la ville affamée, que nos soldats se multiplient à l’est et à l’ouest pour faire croire à des forces régulières qui n’existent plus, lorsque les femmes restent debout pendant six heures sous la neige pour obtenir un morceau de cheval, que les petits enfans meurent de froid et de misère, les « patriotes égarés » trouvent que la circonstance est bonne et veulent en profiter. On les arrête, on les emprisonne, et ils ne tardent pas à être libres. Lisez le nom de ceux qu’on a été forcé de mettre sous les verrous pendant ces jours lamentables, et vous y trouverez celui de tous les futurs conquérans de l’Hôtel de Ville : Félix Pyat, Vermorel, G. Ranvier, Tridon, Vésinier, Razoua, Bauer, Jaclard, Flourens, Vallès, J-R. Millière, Eudes, Mégy, Edmond Levrault, Lefrançais, Châtelain, Pillot, Pindy, Napias Piquet, Léo Meillet, Humbert, Arnold, Lemoussu, Piazza, Brunel, Delescluze. — J’en oublie. La réunion est complète ; ce sont les législateurs, les chefs d’armée, les incendiaires. On n’a qu’à ouvrir la porte des cabanons, et le gouvernement est constitué. Il manquera le vétéran, l’apôtre, l’homme qui a toujours rêvé le despotisme en invoquant la liberté, le vieux Blanqui, au grand désappointement de ses disciples. « Le parti blanquiste, a dit un témoin déposant devant la commission d’enquête, se compose d’ouvriers malhonnêtes et d’étudians fruits secs. » Personne n’en doute.

Ceux qui ont fait la commune n’ont point attendu la guerre et nos défaites pour chercher dans la violence la mise en œuvre de leurs conceptions. Le mot est emprunté au vocabulaire de 93, il est vrai, mais il avait été rajeuni. La société secrète fonctionnant à Londres, qui, en 1853, organisa, et dirigea les complots de l’Opéra-Comique et de l’Hippodrome, s’appelait : la commune révolutionnaire ; à cette époque Félix Pyat en était le pontife. Le livre d’or de la noblesse communarde existait avant la commune ; il était facile de l’écrire ; les élémens en existaient sur les registres d’écrou des prisons, aux greffes de la cour d’assises et de la police correctionnelle, sur la liste des sociétés secrètes et parmi les numéros matricules du bagne. Ces hommes avaient fait leur éducation politique, avaient acquis leur science d’économiste dans le préau des geôles, dans l’arrière-salle des cabarets, où l’on renouvelle le monde en buvant du « petit bleu, » dans les chambres d’étudiant, où le plus souvent, par excès de verdeur et de jeunesse, on cherche les moyens d’affranchir l’humanité d’un joug qu’elle ne porte pas. Ils étaient nuls d’eux-mêmes, nullifiés encore par l’étrange mode d’enseignement qu’ils avaient adopté. Lorsqu’ils furent les maîtres, ils se