Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/645

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qu’il m’a écouté avec une extrême attention sur tout ce que j’ai voulu lui dire. »

On voit, par cet aveu sincère de ce que nous éprouvions tous deux, quel était alors le besoin que nous avions de l’espérance. Des juges sévères des sentimens des autres pourraient bien nous blâmer sans doute de cette facilité à nous flatter encore ; ils diront, avec quelque apparence de raison, qu’elle tenait beaucoup à notre situation personnelle. Ah ! sans doute, il est si pénible de rougir vis-à-vis de soi-même de l’état qu’on a embrassé, il est si doux d’aimer les devoirs qu’on s’est imposés, il est si naturel de vouloir s’embellir et son avenir et celui de sa patrie, que ce n’est qu’avec peine et après un long débat qu’on accueille la vérité qui doit vous flétrir la vie. Elle est venue plus tard, cette vérité, elle est venue pas à pas, mais avec tant de puissance qu’il n’a plus été permis de la repousser, et nous avons payé cher cette erreur que des âmes douces et faciles durent conserver aussi longtemps qu’il leur fut possible.

Quoi qu’il en soit, le 18 mai 1804, le second consul Cambacérès, président du sénat, se rendit à Saint-Cloud suivi du sénat entier et escorté d’un corps de troupes considérable ; il prononça un discours convenu, et donna à Bonaparte pour la première fois le titre de majesté. Il le reçut avec calme, et comme s’il y avait eu droit toute sa vie. Le sénat passa ensuite dans l’appartement de Mme Bonaparte, qui fut à son tour proclamée impératrice. Elle répondit avec sa bonne grâce ordinaire qui la plaçait toujours à la hauteur de la situation où elle était appelée.

En même temps furent créés ce qu’on appelle les grands dignitaires : le grand électeur, Joseph Bonaparte ; le connétable, Louis Bonaparte l’archi-chancelier de l’empire, Cambacérès ; l’archi-trésorier, Lebrun. Les ministres, le secrétaire d’état Maret, qui prit le rang de ministre, les colonels généraux de la garde, le gouverneur du palais Duroc, les préfets du palais, les aides de camp, prêtèrent serment, et le lendemain le nouveau connétable présenta à l’empereur les officiers de l’armée, parmi lesquels se trouva Eugène Beauharnais, simple colonel.

Les obstacles que Bonaparte avait trouvés dans sa famille pour l’adoption qu’il voulait faire le déterminèrent à la rejeter à un temps éloigné. L’hérédité fut donc déclarée, dans la descendance de Napoléon Bonaparte, et à défaut d’enfans, dans celle de Joseph et de Louis, qui furent créés princes impériaux. Le sénatus-consulte organique portait que l’empereur pourrait adopter pour son successeur celui de ses neveux qu’il voudrait, mais seulement quand il aurait dix-huit ans, et ensuite l’adoption était interdite à ceux de sa race.

La liste civile devenait celle accordée au roi en 1791, et les