Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/657

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antique a subies dans ces derniers temps et la perturbation apportée notamment dans les quartiers de la marine par les travaux du chemin de fer de Toulon à Nice, exécutés en 1861, il est encore facile de retrouver les substructions de la plupart des édifices, de suivre les quais du port, la ligne continue des remparts, et presque partout des déblais très superficiels mettent au jour le sol antique remblayé par la main des hommes ou les alluvions récentes de l’Argens.

L’enceinte de Fréjus forme un polygone irrégulier dont le périmètre a un développement de 3,500 mètres environ. Les murs avaient en général 3 mètres d’épaisseur et une hauteur de 8 mètres ; ils étaient flanqués de tours rondes très peu espacées, à deux étages, et dont la hauteur était de 12 à 15 mètres. L’ensemble de la fortification était crénelée. Quatre portes donnaient accès à la ville : la porte des Gaules, porta Gallica ; celle qui s’ouvrait du côté de l’Italie, porta Romana ; une autre, moins importante, au sud de la porte des Gaules, sur la berge adoucie de l’Argens, porta Argentea ; une dernière enfin, beaucoup plus ornée que les précédentes, donnait sur le porti c’était la porte d’Orée, porta Orœ, désignée plus souvent, mais fort improprement, sous le nom de porta Aurea, porte dorée. La voie Aurélienne traversait Fréjus dans sa plus grande dimension et pénétrait dans la ville par la porte d’Italie pour en sortir par celle des Gaules. Ces entrées de la ville, à l’exception de la porte d’Orée, qui était pour ainsi dire intérieure, puisqu’elle était au fond du port, étaient fortifiées et accompagnées de tours rondes et crénelées, comme on en voyait de distance en distance le long du mur d’enceinte. Aux deux extrémités de la ville, du côté de la mer, s’élevaient deux castella, également fortifiés ; l’un est encore désigné sous le nom de « citadelle, » le second s’appelle la « plate-forme. » Ces deux châteaux forts dominaient ainsi le port et contribuaient à sa défense.

Il ne reste malheureusement que des ruines informes de ces deux acropoles que l’on ne peut mieux comparer qu’à deux bastions de très grandes dimensions, reliés par une courtine dont le tracé suivait l’alignement de l’ancien quai disparu sous les atterrissemens. Ces ruines permettent cependant de juger de l’aspect général de la ville antique vue du port, et on y reconnaît à première vue une physionomie toute spéciale. Fréjus en effet n’était pas une colonie ordinaire, et bien qu’on y trouve, comme partout ailleurs, les vestiges des monumens classiques de l’architecture officielle, amphithéâtre, forum, thermes, etc., c’était avant tout un arsenal et une ville de garnison pour les équipages de la flotte.

Rome n’était devenue une puissance maritime que par la force des choses. Son génie ne la portait pas sur mer. Ce ne fut que