Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/701

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ne sera surpris en apprenant que cette question d’humanité n’a pas été soulevée ? On a été très prodigue de commissions, que n’en a-t-on créé une des travailleurs ? Personne, à coup sur, n’eût été fâché de voir à côté du chiffre des millions à dépenser le nombre approximatif des hommes blancs, jaunes ou noirs que l’on se proposait de jeter en pâture au minotaure moderne.

M. Ribourt, un jeune mais savant ingénieur des arts et manufactures, autrefois chargé d’importans travaux au tunnel du Saint-Gothard, est venu, le premier, donner un caractère technique aux discussions du congrès, qui longtemps se sont bornées aux généralités des exposés des différens projets. Comme l’a dit avec justesse un autre ingénieur, la question n’est pas de savoir si en théorie il vaut mieux faire un canal à niveau, sans écluses et sans tunnel ; il n’y a pas deux manières de voir à ce sujet ; il est certain qu’un canal à niveau sera toujours préférable, mais il faut connaître ce qu’un pareil travail coûtera et le temps qu’il emploiera.

« Les divers projets qui nous ont été soumis pour résoudre le problème de la création d’un canal interocéanique, a dit M. Ribourt, se divisent en deux catégories distinctes : 1° les canaux à passage supérieur avec écluses ; 2° les canaux à niveaux sans écluses. On vous a présenté ces divers projets avec leurs tracés, aux points de vue géographique, topographique, maritime, de leur exploitation et même un peu de leur construction. Ce dernier point, l’exécution, mérite particulièrement votre attention ; c’est l’étude de cette partie de la question qui amènera à l’évaluation du coût de l’œuvre, point qui sera pour une grande part dans la fixation de votre choix. La première catégorie des projets, les canaux à écluses, tient évidemment mieux compte des accidens naturels du sol ; le passage par le Nicaragua, entre autres, utilise comme bief supérieur un immense lac alimenté par une quantité d’eau colossale ; il y a une grande vallée, il y a un faible relief à Rivas dont la coupure serait une mince tranchée ; il y aura des barrages à faire, une vallée à submerger, des écluses simples, doubles ou triples à construire. Eh bien, tous ces travaux sont dans le domaine commun. On en a déjà abordé l’exécution dans toutes les dimensions ; on peut le dire, les Annales des ingénieurs en sont remplies, et il n’y a même pas lieu de s’occuper de la possibilité de leur exécution.

« Pour la deuxième catégorie des projets, ceux à niveau, et particulièrement celui qui semble devoir être mis en première ligne, le projet de MM. Wyse et Reclus, le canal par Panama, avec ou sans tunnel, on aborde au contraire une dimension de travaux inusitée jusqu’à ce jour ; ici on se met en lutte ouverte avec les accidens