Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/711

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Le Français qui a fait de mauvais rêves et qui les prend au sérieux se demande : « Lequel des services publics va-t-on désorganiser aujourd’hui ? » L’Anglais se demande de son côté : « Pendant que je dormais, quelle nouvelle guerre m’a-t-on mise sur les bras ? »

De toutes ces guerres, celle qui a paru la plus inutile, la plus improductive, la plus déplaisante, est la guerre contre les Zoulous et leur roi Cetywayo. Pouvait-on l’éviter ? C’est une grande question, répondrait Candide. Les conquêtes ont leurs fatalités ; après en avoir fait une qu’on voulait faire, on se trouve engagé dans une autre qu’on ne voulait pas faire. Cela s’est vu en Afrique comme en Asie. Dans un.de ses intéressans articles sur les colonies de l’Afrique australe, M. Montégut citait ici même le mot d’un chef des Basoutos, nommé Mosheh, lequel disait aux Baralongs qui prétendaient lui avoir acheté le territoire qu’ils occupaient : « Je vous ai permis de traire ma vache, mais je refuse de vous la vendre. » Il arrive souvent que, pour traire la vache, on est obligé de l’acheter ou de la prendre. Il y a dix ans, les possessions anglaises au sud de l’Afrique se réduisaient à la colonie du Cap, bornée alors par le fleuve Orange et par le Keï, et au petit état de Natal ; on s’était promis d’en rester là, vaine promesse qu’emportèrent bientôt les vents qui souillent du cap des tempêtes. On découvrit des champs de diamans, on voulut les avoir, et il fallut les prendre. Ces diamans, qui de conséquence en conséquence ont causé tout le mal, ce n’est pas lord Beaconsfield qui les a découverts, et ce n’est pas lui non plus qui les a pris ; il n’était pas alors au pouvoir. On ne saurait sans injustice l’accuser d’avoir semé les dents du dragon ; la moisson a grandi, elle a jauni, on n’a pu se dispenser d’y porter la faucille. Malheureusement cette campagne a commencé sous de sinistres auspices, elle a été marquée par de lugubres incidens. La défaite sanglante d’Isandula a été dure a l’orgueil britannique, et la mort tragique d’un jeune prince a provoqué dans toute la Grande-Bretagne une de ces crises de l’imagination et de la conscience auxquelles elle est sujette. Les uns n’ont pu s’empêcher de rentrer en eux-mêmes et de se dire que, depuis que l’Angleterre a cessé de haïr les Bonaparte, son amitié leur a été presque aussi funeste par ses abandons que sa haine le fut jadis par ses ardentes poursuites. Les autres ont trahi l’espérance qu’ils nourrissaient dans le fond de leur cœur, ils ont témoigné par des manifestations et des hommages presque indiscrets que, sans en rien dire à personne, ils s’étaient flattés de voir avant peu sur le trône de France un prince qui leur serait tout acquis. En cette circonstance, comme en tant d’autres, le bon sens national a fait justice des exagérations de la première heure ; de l’autre côté de la Manche, c’est presque toujours le second mouvement qui est le bon.

Quand lord Beaconsfield serait sans reproche, quand il n’aurait fait