Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/733

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que je suis débarrassé de la triste cérémonie que vous savez que par les témoignages d’intérêt dont on m’a comblé. Je suis d’autant plus sensible à votre bienveillance pour moi que je n’ai rien fait pour la mériter et que très probablement on vous a fait un portrait de moi pire que l’original. Mes amis m’ont dit bien souvent que je ne prenais pas assez de soin pour montrer ce qu’il peut y avoir de bon dans ma nature, mais je ne me suis jamais soucié que de l’opinion de quelques personnes. Vous êtes, madame, du nombre de celles dont je voulais avoir l’approbation, et je ne puis vous dire combien j’y suis sensible. Je serais allé savoir de vos nouvelles aujourd’hui si je n’avais pensé que ma première visite devait être pour mon récipient. Je l’ai trouvé avec une figure qui emprunte ses couleurs à l’aurore, pour me servir d’une phrase de M. de Chateaubriand. Il était d’ailleurs très content de son discours et de sa lecture et, à la jaunisse près, on ne peut plus aimable.

« Veuillez agréer, madame, l’expression de mes respectueux hommages.

« P. MERIMEE. »


Puisque j’ai cité la lettre, pourquoi ne citerais-je pas aussi la réponse qui en est le commentaire et qui contient en raccourci un petit portrait de Mérimée :

« J’ai à vous remercier, monsieur, de ce discours que j’aime tant et que je conserverai précieusement. Je craignais un peu que l’aveu que je vous ai fait l’autre jour de mon penchant pour les déclamations ne vous eût découragé de me remettre dans la bonne voie, et j’aurai ce souci jusqu’à ce que je vous croie persuadé que j’estime encore davantage le bon goût et la vraie vérité. Vous voyez par cette espèce de justification que j’ai aussi besoin de votre bonne opinion, et à ce propos, je vous demanderai d’où vous vient l’idée que j’ai dû recevoir contre vous des préventipns défavorables, ? Si cela est, je vous prie de me savoir gré de l’indépendance de mon esprit, qui ne s’est fié qu’à lui-même et a découvert par ses propres lumières ces bons côtés dont vos amis, dites-vous, ont le secret. J’aime à croire au bien, ce qui ne prouve pas plus ma propre perfection que la disposition contraire ne prouve une perversité véritable » Permettez-moi de vous dire que je suis touchée et reconnaissante que vous ayez dès le commencement de nos relations abordé ce sujet avec une simplicité qui me paraît à elle seule’une grande qualité ; conservez avec moi cette simplicité, je vous en prie, pour qu’au moins de ce côté l’égalité se retrouve. Mille affectueux complimens. » Un des sujets que Mérimée abordait le plus volontiers lorsqu’il voulait produire dans un petit cercle un scandale discret,