Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/765

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décidément trop chaud. Il n’y a pas de nuages assez pour mes aquarelles. Les arbres ont trop de feuilles vertes encore, et je comptais sur des teintes d’automne. J’aimerais à vous voir ici, madame, car depuis Mme votre mère je ne sais personne aussi digne que vous de voir les splendeurs de la nature. Quand on nuance une rose comme vous, on est coloriste, et quel plaisir vous auriez à nos couchers du soleil ! Avant-hier nous en avions un qui valait bien les vingt et une heures qu’il faut faire en chemin de fer pour venir ici. Prenez des turquoises, des lapis-lazuli, voilà pour le fond du ciel. Mettez-moi dessus de la poudre de diamans avec des feux de Bengale, ce sera pour deux ou trois petits nuages au-dessus de notre montagne ; et quant à la mer, prenez ou plutôt ne prenez pas autre chose que le chemin de fer pour venir la voir. Faites-moi penser à vous montrer un jour de mauvais croquis que j’ai faits dans le pays. Il y a de très beaux vases grecs avec des dessins admirables, dont les auteurs ont eu soin d’écrire les noms des personnages pour l’édification de la postérité : ACHILLE, THETIS.. Ils écrivent aussi ARBRE, ROCHER, etc. Moi, je vous ferai un commentaire de la même façon pour que vous ne preniez pas mes paysages pour des épinards.

« Les gens de ce pays sont dans la désolation. Ils ont tué tous les petits moineaux sous prétexte de grives : les moineaux n’ayant pas pu manger les papillons, ces derniers ont mangé les olives. Il n’y en a plus. Heureusement les Anglais leur restent, et ils leur l’ont manger bien des couleuvres. Adieu, madame, je me prosterne devant vos pantoufles grises et vous conjure de me donner de vos nouvelles et de celles d’un monde auquel je pense trop souvent pour mon repos. »

« Cannes, 9 janvier 1867.

« Madame,

« Vous avez le défaut d’être si exacte à répondre aux lettres qu’on vous écrit que, pour peu que vous vous négligiez, on craint que vous ne soyez malade. C’est ce qui m’arrive en ce moment. Je m’étais persuadé que vous m’apprendriez pour mes étrennes un tas de choses belles et curieuses et ne voyant rien venir, je m’inquiète.

« Je viens de lire le roman de Mme de B… Il faut que je vous dise d’abord que j’aimais beaucoup l’auteur. Il y avait en elle deux personnes très distinctes : une femme du monde et une bonne femme. J’ai vu beaucoup de l’une et de l’autre. Lorsqu’on causait entre quatre yeux avec elle on était frappé de son bon sens et de sa bienveillance. Ce qui m’a tout à fait surpris, c’est de trouver dans ce