Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/770

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vous en offrir une plante entière, mais elle a huit pieds de haut, le tronc ressemble à un gros bambou et elle est couverte de fleurs. Celle que vous aurez reçue vous sera arrivée sans doute à l’état de salade confite, mais vous aurez vu sa forme, et comme vous avez le génie des fleurs, vous aurez reconstruit celle-là en imagination. Ce qui est curieux, c’est la structure des petites branches, profondément cannelées de façon à porter la pluie à toutes les parties de la plante. La nature a presque autant de talent que les mécaniciens qui ont eu la grande médaille à l’exposition.

« Nous avions ici la semaine passée mon confrère M. Prévost-Paradol, qui me paraît très homme d’esprit et beaucoup plus bon diable dans la conversation que la plume à la main. Il a ici une femme très malade avec trois enfans dont une fille de treize ans vraiment charmante. J’aurais beaucoup aimé à avoir une fille et à l’élever. J’ai beaucoup d’idées sur l’éducation et particulièrement sur celle des demoiselles, et je me crois des talens qui resteront malheureusement sans application. Je n’ai élevé que des chats en grand nombre qui m’ont fait beaucoup d’honneur. Je me suis toujours appliqué à développer leur génie particulier sans chercher à leur donner des idées autres que celles qu’ils avaient apportées selon la conformation de leur cerveau. Ce qui me parait vraiment déplorable dans l’éducation actuelle, c’est qu’on parvient, à force d’apprendre toute sorte de choses aux demoiselles, à les dégoûter de tout ce qu’il y a d’élevé et de vraiment intéressant. On les bourre de littérature, et, quand elles sont mariées, elles ne peuvent et ne veulent plus lire que les romans de Mme Sand et voir d’autres ouvrages que les pièces de *** et la Belle Hélène. C’est ainsi qu’on empêche les garçons de prendre goût au grec et au latin. »

« Montpellier, 24 avril 1868.

« Je viens de lire le discours de Jules Favre. Il y a de beaux morceaux, mais je le trouve trop académique. Il soigne ses phrases comme un provincial qui débute à Paris. Je n’ai pas encore lu le discours de M. de Rémusat. Si vous étiez à la séance, vous me direz vos impressions. J’ai reçu hier une lettre de Sainte-Beuve qui aiguise ses griffes pour la séance où sera discutée la pétition sur la liberté de l’enseignement. Je suis content qu’il parle, mais je crains qu’il ne soit trop incisif et pas assez circonspect avec toutes les éminences auxquelles il aura affaire. Il paraît que son dîner du vendredi a fait grand scandale. Il me dit qu’il n’avait pas de dames, mais confesse qu’il a mangé un poulet ; c’est ce que ne peuvent souffrir les gens qui vont voir Thérésa.