Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/821

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méthode, avant d’essayer de regarder en soi, d’exercer son regard sur ce qui se passe au dehors. Elle a des correspondans, aussi compétens que désintéressés, qui sont allés chercher dans les universités de l’Europe les renseignemens dont elle a besoin. Il va sans dire qu’ils ne se sont pas contentés de quelques notions générales, de quelques chiffres sujets à faire illusion. Ils ont vu les choses par leurs yeux et dans le plus complet détail. Ils ont su interroger et écouter. Ils n’ont pas regardé seulement les affiches des cours ; ils ont suivi les cours eux-mêmes et se sont introduits dans les conférences. Ils ont distingué les règles et la pratique, les apparences et la réalité. Ils ont fait comme le juge qui ferait une enquête ou comme le savant qui étudierait un être et ses organes intimes. Après avoir bien observé, ils ont envoyé leurs rapports à la Société, qui les a publiés ; et c’est ainsi que nous avons sous les yeux de longues et scrupuleuses études sur l’université de Bonn par M. Dreyfus, sur celle de Göttingue par MM. Montargis et Seignobos, sur celle de Heidelberg par MM. Cammartin et Lindenlaub, sur les universités de l’Autriche, de la Belgique, de la Hollande, de l’Angleterre, par MM. Lyon-Caen, Em. Flourens, Maurice Vernes et Villetard. Le volume se termine par une importante étude sur l’enseignement supérieur en France, dans laquelle M. Lavisse analyse et commente deux grands rapports qui ont été tour à tour fort remarqués, celui de M. Duruyen 1868, et celui de MM. Bardoux et Du Mesnil en 1878. Ce premier volume est un beau commencement. Il apporte dès aujourd’hui un assez bon nombre d’élémens pour la solution du problème qui préoccupe la Société, à savoir la connaissance exacte et précise de l’enseignement supérieur. Nous nous proposons de présenter aux lecteurs de la Revue les faits principaux qui y sont constatés et les impressions qu’ils suggèrent. Comme la plus grande partie du volume est consacrée à l’Allemagne, c’est aussi de l’Allemagne que nous nous occuperons en particulier.


I

Les universités allemandes dépendent de l’état. Elles n’appartiennent ni à l’église ni à des associations privées. Elles possèdent cette sorte de liberté, la plus assurée et la plus conforme aux habitudes modernes, qui consiste à ne dépendre que de l’état. Il y aurait d’ailleurs de l’exagération à se les figurer, ainsi qu’on le fait quelquefois, comme des corporations autonomes qui vivraient par elles-mêmes ; s’administreraient et se recruteraient elles-mêmes, sans avoir de compte à rendre à personne. D’abord, elles vivent