Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/892

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et dont l’alliance habilement ménagée fut la grande cause du succès définitif des armes romaines. Les Séquanes (Franche-Comté) et les Arvernes (Auvergne) lui disputèrent la prépondérance. Les Séquanes appelèrent à leur aide les Germains d’Arioviste et se trouvèrent bientôt dans le cas de regretter cet imprudent appel. Si César n’était pas venu, il aurait fallu toute une coalition de cités gauloises pour rejeter les intrus de l’autre côté du Rhin. Mais assurément elle se serait formée, et l’unité gauloise se serait formée sous l’hégémonie de la cité qui aurait eu la part principale dans cette éviction. Quand on voit la Gaule une fois éveillée et à peu près réunie mettre César à deux doigts de sa perte, comment s’imaginer qu’elle n’aurait pu se débarrasser des bandes d’Arioviste ?

La Belgique de César et de Strabon comptait quinze peuples, et c’est bien là, comme nous le disions, qu’on surprend la Gaule encore en voie de formation. La différence entre Celtes et Belges, bien que réelle, a été fort exagérée. C’est d’une manière insensible que l’on passait de la Celtique proprement dite en Belgique. A l’autre extrémité de ce territoire, quand on se rapprochait du Rhin, on trouvait des peuplades qu’à bien des égards on aurait pu classer comme germaines. Mais les Rèmes (pays de Reims), les Veliocasses (Rouen), les Bellovaques (Beauvoisis), ne se distinguaient pas des Gaulois du centre. Les Rèmes furent en Belgique ce que les Éduens étaient en Celtique, la cité prévenue en faveur des Romains et l’alliée très utile de César. Les Bellovaques passaient au contraire pour la cité la plus belliqueuse et la plus jalouse de son indépendance. Les Atrébates (Artois), les Ambiani (Amiennois, Ponthieu), les Morini (Boulonnais, Flandre occidentale), représentaient plutôt l’élément belge proprement dit, tandis que les Nerviens (Hainaut, Brabant), les Ménapiens (côtes de la Mer du Nord) avaient encore des congénères de l’autre côté du Rhin. Les Éburons et les Aduatuques (Namur, Liège, Maëstricht) se considéraient encore comme Germains immigrés depuis peu. Les Trévères (pays de Trêves) sont dans le même cas. Mais, bien que mélangés évidemment de sang germain par suite de leur long séjour sur la rive droite du Rhin, ils sont Gaulois de mœurs et de langues. Toute la vallée du Rhin fourmille de noms gaulois. Non-seulement Strasbourg et Metz, mais Spire, Worms, Bingen, Boppart, Remagen, Nimègue ont porté des noms celtiques. Au temps de Tacite on trouvait encore des Gaulois sur les bords de la Baltique, parlant le gaulois et très distincts des peuples germaniques dont ils étaient entourés. Il y eut donc, dans cette partie de la Gaule, un certain nombre de peuplades géographiquement germaines, mais qui en franchissant le Rhin ne firent que se rapprocher des rameaux de leur race. Cependant il ne faut pas contester que, dans l’ancienne Belgique, il y a