Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/893

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un élément tudesque d’autant plus prononcé qu’on s’éloigne de la Gaule proprement dite. Il est impossible de faire le départ exact des deux courans ethniques ; mais il est remarquable que la Belgique, dans les régions qui ont conservé ce nom, soit déjà à cette époque pays mixte. On serait déjà presque tenté d’y chercher des Flamands et des Wallons.

Tout vient donc appuyer désormais la conclusion à laquelle M. Desjardins arrive aussi de son côté, contraire aux théories qui faisaient de la Celtique et du Belgium deux pays absolument distincts, habités par deux races complètement différentes. « Au temps de César, dit-il, nous persistons à ne voir dans la Gaule chevelue, du Rhin aux Pyrénées, de la Provence à l’Océan, que deux races et deux peuples, les Ibéro-Aquitains et les Gaulois ; ces derniers, partagés, si l’on veut, en trois groupes, liés entre eux par la communauté d’origine, de religion, d’institutions, de mœurs et de langues, sous cette réserve toutefois que les Belges sont en partie mêlés de Germains. Quant aux Germains purs de tout mélange, ils sont encore à cette époque sur la rive droite du Rhin. »

La civilisation ou du moins ses premières lueurs allaient en diminuant à mesure qu’on s’éloignait de la Seine dans la direction du nord. Le long de ce fleuve, voie commerciale vers la Grande-Bretagne, on se trouvait encore jusqu’à un certain point en relation avec l’ancien monde civilisé. A son embouchure, Caracotinum (Harfleur) des Calètes offrait un havre d’une certaine importance. Rouen, chef-lieu des Veliocasses, existait déjà sous le nom de Rotomagen, et on y frappait des monnaies. Mais à mesure qu’on s’enfonçait vers le nord, la barbarie reprenait tous ses droits. De l’autre côté de la Somme, le commerce s’éteignait faute de chalands, et on redoutait même les apports de denrées qui, telles que le vin, passaient pour amollir les mœurs. Ce qui dominait en réalité, c’était le préjugé que la barbarie opposa longtemps à tout un ensemble de goûts et d’habitudes qui, une fois répandus, la minent et la tuent. Au surplus on peut observer que, de nos jours encore, nos paysans du nord n’aiment que médiocrement le vin. Ils lui préfèrent le cidre ou la bière, ou bien les spiritueux. La préférence pour le vin suppose une certaine éducation, quelque raffinement de goûts. Dans la Gaule proprement dite, le vin était très recherché, mais il n’était accessible qu’aux riches.


III

Il est un ordre de considérations qui achève de confirmer cette manière de comprendre la formation de la nationalité gauloise, c’est-à-dire comme la résultante de nombreuses forces distinctes,