Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/509

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venir qu’à un homme qui connaît la France aussi bien que lui. »

Napoléon avait offert de renouer des négociations en vue du rétablissement de la paix. La Prusse s’opposait formellement à ce qu’on entrât en pourparlers. L’empereur Alexandre penchait à croire, avec le cabinet autrichien, que même au plus fort de la lutte il ne fallait jamais rejeter une démarche inspirée par des sentimens pacifiques. L’empereur François croyait à la sincérité des intentions de Napoléon, tandis que j’étais convaincu du contraire. J’étais persuadé que l’homme qui avait brûlé ses vaisseaux ne pouvait songer à terminer la lutte à des conditions acceptables ; cependant je me disais qu’il était du devoir des puissances d’écouter au moins les conditions que Napoléon croirait devoir formuler.

Les trois cours répondirent aux ouvertures de Napoléon avec le calme de la force ; elles se déclarèrent prêtes à ouvrir une conférence et à envoyer des délégués à Manheim ; mais elles déclinèrent d’avance toute proposition tendant à obtenir une suspension des opérations militaires. Mes pressentimens se confirmèrent bientôt : Napoléon ne songeait pas à faire la paix. Il n’insista pas sur la réunion de Manheim.

Le feld-maréchal prince de Schwarzenberg proposa une attaque générale sur trois lignes d’opération. L’aile droite de la grande armée, composée des forces prussiennes sous les ordres du général Blücher, devait passer le Rhin entre Mayence et Cologne, s’avancer vers les Pays-Bas et se diriger vers la Lorraine et les Ardennes. Le centre de l’armée, formé de troupes autrichiennes et russes, devait franchir le Rhin de Manheim jusqu’à Bâle et faire passer par la Suisse la principale ligne d’opération de l’armée autrichienne. En corps autrichien, sous les ordres du général de Bubna, aurait eu pour mission de déboucher de l’Italie par la route du Simplon, d’occuper le Valais, de s’emparer de Genève et de Lyon, et de former ainsi l’extrémité de l’aile gauche.

Par contre, l’impatience de l’armée prussienne et son violent désir d’arriver à Paris le plus tôt possible, dût-elle y aller seule, avaient décidé le maréchal Blücher à proposer une opération ayant Verdun pour objectif, opération dans le genre de celle qui avait si mal réussi en 1792. Soutenu par les forces russes et autrichiennes, il ne craignait pas le même échec ; en outre, cette manœuvre aurait eu pour avantage de le placer sur la ligne la plus courte pour atteindre Paris.

Une circonstance secondaire, mais de la nature de celles qui n’avaient que trop souvent influé sur les résolutions de l’empereur de Russie, poussa le tzar à proposer un moyeu terme entre le plan de Schwarzenberg et celui de Blücher. L’empereur Alexandre, prenant pour base le respect de la neutralité suisse, avait en vue un