Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/208

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avidement recueillies constituaient de véritables cours de morale en action. Malheureusement, quelque élevé, quelque fécond que soit un tel enseignement, il n’est pas également accessible à toutes les intelligences. S’il suffit aux esprits d’élite, il n’a pas la même action sur les sujets moins bien doués, à plus forte raison sur les natures perverses ou même simplement réfractaires. Il ne saurait, pour celles-là, tenir lieu d’une bonne pédagogie, c’est-à-dire de cette vigilance et de ce redressement de tous les instans que nos maîtres surveillans pratiquent si mal. Qui n’a vingt fois entendu des pères ou des mères adresser à nos lycées cette critique devenue presque banale, et qui ne la trouve un peu justifiée ? Pas n’est besoin pour cela d’avoir médité les livres de M. Bréal ou de M. Jules Simon : il suffit de se souvenir et de comparer.

Or, nous le demandons, si tel est vraiment l’état des choses, s’il est démontré que le régime intérieur de nos lycées est mauvais, s’il est prouvé que nos méthodes d’enseignement sont défectueuses, de quel droit provoque-t-on les chambres à fermer des maisons qui sous un rapport au moins sont supérieures aux nôtres ? La conclusion manque de logique en vérité. On serait venu dire à la tribune : Nous avons de grands efforts à faire pour mettre nos lycées en état de supporter la redoutable concurrence des congrégations enseignantes. Ces congrégations ont fait d’énormes progrès depuis dix ans : le nombre de leurs élèves a presque doublé ; elles ont su gagner la confiance de beaucoup de familles : un parti puissant les soutient et les appuie ; elles ont la vogue, la mode ; elles ont le succès, nos examens le montrent, nos concours le prouvent. Bref, nous sommes menacés, et, si vous ne venez pas à notre secours, il est à craindre que nous ne soyons bientôt tout à fait dépassés. Donnez-nous donc de l’argent, Beaucoup d’argent pour agrandir et restaurer nos vieux lycées, et pour en construire de nouveaux [1]. Louis-le-Grand tombe en ruines ; Saint-Louis n’est qu’une devanture ; on y manque d’air et d’espace, on y étouffe. Ouvrez-nous de larges crédits pour bâtir au Vésinet, à Vincennes, à Choisy-le-Roy, dans toute la banlieue de Paris, des établissemens modèles, comme Vanves, dont le succès est si grand. Les jésuites seuls ont fondé depuis dix ans, douze maisons, et nous l’Université, nous l’état, nous n’en avons pas une de plus à Paris qu’en 1820. — Ah ! si l’on était venu dire ces choses aux chambres, quelle unanimité d’approbation n’eût-on pas rencontrée ! Et si l’on s’était contenté de

  1. Nous pourrions ajouter : et pour augmenter les traitemens des professeurs de l’enseignement secondaire, qui sont demeures, au moins à Paris, stationnaires, tandis que les instituteurs et les professeurs de faculté., ont vu leur situation sensiblement améliorée depuis quelques années.