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Elle essaya des lectures sérieuses, de l’histoire, de la philosophie… Elle avait des accès où on l’eût poussée facilement à des extravagances. Elle soutint un jour contre son mari qu’elle boirait bien un demi-verre d’eau-de-vie, et comme Charles eut la bêtise de l’en défier, elle avala l’eau-de-vie jusqu’au bout. »


II

Il semble que nous voilà bien loin des démoniaques : il n’en est rien cependant. Entre l’hystérie légère, telle que celle de Mme Bovary, et l’hystérie grave telle que celle des malades de la Salpêtrière, on observe toutes les transitions. Dans la forme grave, tous les symptômes de la forme légère existent aussi, mais plus durables et plus profonds. Nous n’avons pas à y revenir. Quant aux autres symptômes spéciaux à l’hystérie grave, et qui servent à la caractériser, ce sont les anesthésies, totales ou partielles, les attaques convulsives et le délire.

Le mot anesthésie signifie absence de sensibilité. Mais pour comprendre la valeur de ce symptôme, il importe de donner d’abord quelques notions sommaires relatives à la sensibilité et au toucher. La peau de l’homme, comme celle de tous les animaux, est pourvue de nerfs innombrables qui sont sensibles à la plus légère excitation, de sorte que, si l’on effleure même très superficiellement un point quelconque de la peau, l’ébranlement communiqué aux nerfs sensitifs de cet organe se propage jusqu’au cerveau, et y provoque une sensation et une perception. On a distingué plusieurs modes de sensibilité à la peau. Ainsi nous percevons le contact des objets : c’est la sensibilité tactile. Mais le toucher réduit à cette seule notion serait bien insuffisant, et nous pouvons sentir, en même temps que le contact, la température et la consistance des corps étrangers. Il y a encore la sensibilité propre aux muscles ; c’est ce qu’on a appelé le sens musculaire. Lorsque nous faisons un mouvement, par exemple celui de fermer le poing, non-seulement nous avons la notion de l’effort qui nous fait remuer les doigts et fermer le poing, mais encore nous savons que ce mouvement est exécuté. En un mot, tout se passe comme si nos muscles étaient sensibles, de sorte que chacune de leurs contractions va provoquer une sensation dans la conscience. Il faut aussi séparer du tact et du sens musculaire la sensibilité à la douleur. Lorsque la peau est brûlée, ou coupée, ou déchirée, l’ébranlement violent des nerfs fait naître une sensation particulière, que chacun malheureusement peut apprécier plus ou moins par sa propre expérience, et qu’on appelle sensation douloureuse, ou douleur. Le mot est trop clair et la chose