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UN POÈTE LYRIQUE ESPAGNOL.

Et c’est en vain qu’elle cherchera la liberté, — car l’idée ne germe pas au milieu du crime, — ni le grain ne fructifie au milieu des flots. Déjà son châtiment gronde au-dessus de sa tête coupable, — tout près d’éclater ; le coup de foudre et le tyran — sont frères : ils sortent de la tempête !


Le poète condamne sévèrement les criminelles tentatives de la démagogie, partout où elle s’essaie à faire prévaloir ses théories désolantes, et il ne nous ménage pas à nous-mêmes, à l’occasion des événemens de la commune, de sévères observations. La plus grave objection qu’on pourrait faire à ce genre de poésies politiques, c’est qu’elles passent vite. Écrites sous l’impression du moment, au milieu des ardeurs de la lutte et des cris de mort des combattans, elles répondent par l’exaltation de leurs idées et de leur langage à la violence des sentimens qui agitent le cœur du lecteur. Chacun y trouve l’expression vivante de ce qu’il souffre et de ce qu’il hait. Plus tard, elles n’excitent pas le même intérêt, parce qu’elles n’ont plus le même à-propos. Peu à peu la situation est redevenue meilleure, les esprits se sont apaisés, le courage et l’espérance rentrent dans tous les cœurs. Ouvrez alors le livre qui garde entre ses pages le souvenir des jours sanglans : une émotion pénible vous le fera bientôt déposer. De même pour les Cris de combat ; certains passages ont vieilli, et quelques notes ne sont plus dans le ton. Nous citerons par exemple l’allocution à Castelar, que l’auteur lui-même a dû accompagner de certaines réserves, et surtout cette petite pièce : Pauvre folle ! où la délicatesse et l’émotion des premiers vers contrastent si violemment avec la dureté impitoyable des paroles qui concluent.

Mais en même temps qu’il flétrit les excès des révolutions, M. Nuñez de Arce remonte aux sources du mal ; il se demande quel affaiblissement des caractères, quelle dépravation des mœurs et des idées a pu amener cet état troublé de la société moderne. Il y a, dit-il, un défaut d’équilibre évident entre nos forces intellectuelles et nos forces morales, et si l’on ne peut nier le merveilleux essor qu’a pris la raison, l’audace de ses conceptions, la profondeur de ses jugemens, la générosité de ses vues, on n’en est pas moins surpris que la foi religieuse, la foi politique, l’amour de la patrie, la fermeté dans les principes, tout s’effondre et s’écroule, et jusqu’au sentiment collectif de la justice, au moment même où les âmes aperçoivent plus clairement la notion du droit. La principale, l’unique cause du désordre, c’est selon lui, l’orgueil de l’homme, égare par les promesses sacrilèges d’une science impie. Lui-même il reconnaît qu’il n’a pas échappé à la contagion dont tant d’autres