Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/725

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voulait donner, qu’on prétendait obtenir de lui des concecsions sans réciprocité suffisante. Il s’est d’autant plus irrité que pendant ce temps il avait affaire dans le parlement au centre catholique, qui lui marchandait son appui, qui refusait de se livrer, tant que la négociation était en suspens. M. de Bismarck s’est emporté violemment contre le parti du centre, un peu comme la « curie romaine. » Il a éclaté en récriminations contre tout le monde, et il a procédé comme il procède toujours, de son autorité propre, en présentant à la chambre prussienne cette loi nouvelle qui est sa manière, à lui, de trancher les différends religieux.

Il ne faut pas s’y tromper, cette loi nouvelle, qui est maintenant devant le Landtag, M. de Bismarck pouvait seul la présenter. Il va jusqu’où il veut aller dans la voie de la conciliation, et pas au-delà. Il fait certainement des concessions aux catholiques, à l’église, au pape ; mais il les fait à sa façon, en dictant ses conditions, sans se livrer, et ce qui caractérise justemeiit cette œuvre étrange autant qu’imprévue, c’est un mélange assez compliqué, assez subtil, de concessions réelles ou apparentes et d’arbitraire gouvernemental. Ainsi il est évident que sur beaucoup de points les anciennes lois de mai se trouveraient notablement adoucies ; elles seraient atténuées en tout ce qui touche les évêques destitués, l’éducation des jeunes prêtres et les examens d’état, les appels ecclésiastiques, les provisions des cures devenues vacantes, les communautés religieuses. Entendons-nous : dans toutes ces dispositions il en est quelques-unes qui disparaissent dès ce moment, les autres ne seraient que suspendues, et le gouvernement resterait seul juge de la mesure dans laquelle il pourrait les laisser tomber en désuétude ou les faire revivre et les appliquer. En d’autres termes » c’est l’autorité discrétionnaire du gouvernement constituée dans toute sa plénitude et sa force. M. de Bismarck ne s’en cache pas, il se peint tout entier dans sa loi ; il entend être armé d’un moyen de négocier plus efficacement avec la cour de Rome, s’il le veut, et surtout pour le moment de faire sentir au clergé, au centre catholique, le poids de son pouvoir. Réussira-t-il jusqu’au bout ? Obtiendra-t-il du Landtag ce mandat d’omnipotence, le droit de disposer des lois selon ses vues personnelles ? Les progressistes semblent décidés à voter contre le projet. Une fraction des libéraux-nationaux fait tout au moins des réserves et demande des modifications. Le centre paraît plein de perplexités : il hésiie à se prononcer absolument contre une loi qui contient d’évidentes concessions ; il hésite aussi à se prononcer pour une œuvre qui n’offre réellement ni sûreté ni garantie. Le pape n’a point encore parlé : avec la modération de son esprit, il hésite peut-être lui aussi. Ce qui se passe en Allemagne est véritablement une fois de plus l’attestation de la prépotence d’un homme qui ne paraît certes pas disposé à abdiquer par lassitude ou découragement. Une chose cependant reste avérée, c’est que, parle seul fait de la présentation de sa loi, M. de Bismarck lui-même a reconnu