Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 41.djvu/155

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peut-être fini par triompher de leurs répugnances contré toute extension du droit de suffrage, si la révolution française n’était venue brusquement modifier le cours de ses propres idées en même temps que la marche de l’esprit public.

En voyant les excès auxquels pouvait se laisser entraîner une démocratie sans contre-poids, les Anglais devinrent plus indulgens pour leur vieux système électoral, qui avait sans doute de grands défauts, mais qui leur assurait cependant une somme d’ordre, de liberté, de prospérité, bien supérieure à celle dont jouissaient alors les nations les plus favorisées du continent. La cause de la réforme électorale vit dès lors diminuer sa popularité en même temps qu’elle dut renoncer à obtenir l’appui des hommes d’état qui auraient pu la faire triompher. Pitt ne cessa pas seulement de la soutenir : il la combattit résolument. Pendant près de quarante ans, elle n’eut plus pour défenseurs qu’un petit nombre de libéraux persévérans. Une autre réforme, d’un ordre différent, allait prendre la première place dans les préoccupations du public et du gouvernement.

Depuis longtemps les catholiques des trois royaumes, et particulièrement ceux de l’Irlande, étaient soumis à une législation aussi humiliante que vexatoire. Non-seulement ils étaient exclus du parlement, des tribunaux, de la plupart des emplois civils et militaires, non-seulement ils étaient frappés d’incapacité électorale, mais, ce qu’on aura peine à croire, quand ils voulaient donner à leurs enfans une éducation conforme à leur foi religieuse, ils étaient obligés de les envoyer à l’étranger, dans des couvens ou dans des collèges établis sur le continent. L’instruction publique, dans un pays où la très grande majorité de la population était catholique, avait un caractère exclusivement protestant, à ce point que nul ne pouvait ouvrir une école sans l’autorisation de l’évêque anglican.

Cette législation tyrannique avait pu paraître nécessaire aux hommes d’état de la Grande-Bretagne au lendemain de la lutte entre Jacques II et Guillaume III, après la bataille de la Boyne, lorsque les populations catholiques, encore frémissantes, n’attendaient qu’une occasion de se soulever contre celui qu’elles regardaient comme un usurpateur. Elle n’avait plus d’excuse à une époque où la dynastie protestante de Hanovre semblait à l’abri de tout danger et où les derniers descendans des Stuarts s’éteignaient obscurément dans l’exil. Un semblable régime était contraire aux principes de tolérance que le xvur3 siècle avait proclamés. Il était en opposition avec les intérêts mêmes de l’Angleterre, puisqu’il perpétuait des passions qu’une sage politique devait chercher à éteindre. Enfin, n’y avait-il pas une étrange inconséquence à persécuter les