Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 45.djvu/555

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la Bohème, la Moravie conquises, un nouvel empiré d’Orient. Il compte que le Suédois passera comme un météore à travers l’Allemagne, et il lui offre une solde annuelle de trois tonneaux d’or 300,000 florins d’or) qu’il espère ne pas avoir longtemps à payer. Mais Gustave-Adolphe, si amoureux qu’il fût de la gloire et si pressé qu’il fût d’argent, ne voulut point se mettre aux ordres de Richelieu. Il ne traita avec personne avant de mettre le pied sur le sol allemand, ni avec Charnacé, ni avec les Hollandais, ni avec les princes allemands. Il comptait sur la victoire pour obtenir de tout le monde des articles avantageux.

C’est le 29 mai 1630 qu’il prit congé des membres de la diète qu’il avait convoqués et leur fit jurer serment de fidélité à sa fille Christine, âgée seulement de trois ans et demi. « Que personne, leur dit-il, ne croie que je me précipite dans cette nouvelle guerre avec légèreté et sans de bonnes raisons. Je prends à témoin le Dieu tout-puissant, en présence de qui je parle, que je ne combats pas pour mon plaisir. On m’y a contraint ; l’empereur m’a offensé de la manière la plus grave dans la personne de mon ambassadeur ; il aide mes ennemis, il persécute mes coreligionnaires, les protestans d’Allemagne, qui gémissent sous le joug du pape et qui nous tendent leurs mains suppliantes. S’il plaît à Dieu, le secours leur arrivera. Je n’ignore pas les dangers qui menacent ma vie. La divine Providence m’a préservé jusqu’à présent, mais je dois finir par mourir pour la défense de la patrie. » Continuant sur le même ton, il fait ses adieux à sa noblesse, à l’église, à tous ses sujets et finit par une prière tirée du psaume XCII : « Revenez vers nous, Seigneur, etc. » Il ordonna trois jours de jeûnes et de prières dans tous ses états. Ne partait-il pas pour une guerre sainte ? les intérêts de son ambition et les intérêts de son peuple n’ôtaient-ils pas confondus entièrement dans son esprit ? Son peuple ne devait-il pas le regarder comme un nouveau Macchabée ?

Des vents contraires retinrent la flotte jusqu’au 27 juin ; le 4 juillet 1630, elle parut devant Peenemünde, à peu de distance de Stralsund. Le débarquement se fit à l’embouchure de la Peene. Le roi se mit à genoux en touchant le sol allemand, fit une prière, et prit une bêche pour montrer à ses soldats qu’il était prêt à partager leurs travaux comme leurs dangers. Dans la soirée, toute l’armée était retranchée, mais les impériaux ne se montrèrent point. Gustave-Adolphe fit répandre un manifeste sous ce titre : Raisons pour lesquelles le roi de Suède Gustave-Adolphe à été enfin obligé de débarquer avec une armée sur le sol allemand. Il y donnait toute sorte de raisons assez frivoles, évitant de toucher aux choses religieuses, parce qu’à ce moment il avait besoin de la France et