Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 48.djvu/962

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
LE MOUVEMENT FINANCIER DE LA QUINZAINE


Les variations de prix sur le marché des rentes françaises pendant cette dernière quinzaine ont peu de signification, si l’on se contente de constater le résultat produit, à peine quelques centimes en plus ou en moins sur les derniers cours de compensation majorés du montant des reports. Ces fluctuations, si peu sensibles qu’elles aient paru, indiquent cependant, par là brusquerie avec laquelle elles se sont parfois produites, que la spéculation est sollicitée par deux courans d’opinion qui la poussent successivement dans une direction opposée, et la font passer par des alternatives de confiance et d’hésitation.

La spéculation sur les rentes ne sait, en effet, si elle doit poursuivre un mouvement de hausse toujours entravé, ou abandonner définitivement un terrain épuisé. La dernière liquidation encore lui a fait éprouver une assez cruelle déception : les spéculateurs sur fonds publics ont dû payer des reports exorbitans aux banquiers et ajourner de nouveau à un mois la réalisation de leurs espérances. En janvier, pensent-ils, ils pourront compter sur des centaines de millions à fournir par le paiement des coupons semestriels qui doit inonder le marché de disponibilités, et comme il ne saurait y avoir, à leur avis, de hausse solide sur les valeurs qui ne soit appuyée sur la hausse des rentes, ils conservent leurs positions avec une obstination que le prix du loyer de l’argent rend véritablement méritoire.

Il est vrai qu’en janvier ils auront à compter avec la conversion. La Bourse paraît convaincue que la conversion ne se fera plus longtemps attendre. Mais il est tel procédé de conversion appliqué par tel ministre, qui, dans l’opinion des sages du marché, devrait infailliblement produire de la hausse, tandis que tel autre procédé, appliqué par tel autre ministre, doit nécessairement précipiter le 5 pour 100 à des cours désastreux pour les acheteurs.

Un autre motif de préoccupation en ce qui concerne les rentes se rattache aux probabilités d’un nouvel emprunt. Il est certain que, si le gouvernement veut mettre à exécution complète le fameux programme des travaux publics tracé par M. de Freycinet, l’année 1882 ne se passera pas sans qu’il soit fait appel au crédit. Or on a vu pendant tout le cours de 1881 combien le dernier emprunt d’un milliard en 3 pour 100 amortissable a pesé sur le marché à cause des sommes