Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/144

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débarrasser de ces matières en putréfaction. Un vieil alligator fut trouvé dans la boue parmi les victimes. La quatrième année fut également calamiteuse, la pluie tombée étant insuffisante pour faire germer les graines. Nous creusions dans le lit de la rivière des trous de plus en plus profonds pour en tirer de l’eau et tâcher de conserver nos arbres fruitiers, mais inutilement. Des aiguilles laissées à l’air pendant des mois ne se rouillèrent pas, et un mélange d’eau et d’acide sulfurique, destiné à une batterie électrique, s’évapora sans la mouiller. Les feuilles des arbres indigènes se flétrissaient et se ridaient, mais sans mourir ; celles des mimosas se fermaient en plein midi comme pendant la nuit. Un thermomètre dont la boule fut placée à trois pouces dans le sol marquait 132 à 134° Fahr. (de 55 à 57 centigrades). Certains insectes exposés au soleil expiraient aussitôt, tandis que les fourmis blanches semblaient plus vives et plus actives que jamais. »

M. Helmore, qui avait entrepris un voyage de mission, mourut de soif avec toute sa famille, après avoir enduré des tortures dont la lettre ci-après, écrite par sa femme à une sœur peu avant sa mort, peut donner une idée. « Je t’écris dans une jolie petite hutte en bois de palmiers, qui, bien que grossière à l’extérieur, offre cependant un abri délicieux contre les rayons dévorans du soleil. » Nous avons été cruellement éprouvés par la chaleur avec 102° F. (39° centigrades) à l’ombre, au point d’en avoir le vertige. Nous attendons la pluie avec l’impatience de ceux qui ont voyagé à travers un pays dénudé et sans eau. Nos pauvres bœufs sont restés quelquefois quatre ou cinq jours sans boire et faisaient peine à voir quand ils tournaient autour de la voiture flairant les caisses d’eau et nous regardant comme pour nous supplier de leur en donner. Nous souffrions beaucoup nous-mêmes parce qu’il fallait ménager notre eau, ne sachant pas combien de temps nous resterions sans en rencontrer… Il fut décidé un jour que mon mari resterait en arrière avec un homme et une voiture, pendant que moi-même je partirais avec les guides, les enfans et les bœufs dans l’espoir de trouver une source avant la nuit. Il nous en restait cinq bouteilles que nous nous partageâmes, et je me mis en route pouvant à peine avancer, tant nous étions faibles et tant nous craignions que la marche n’augmentât notre soif. Les pauvres enfans demandaient continuellement à boire, et, tout en soutenant leur courage, je leur donnai de temps en temps une cuillerée pour humecter leur bouche. Ils faisaient des efforts pour ne pas se plaindre, mais je voyais leurs traits se tirer et leurs lèvres noircir… »

M. Baldwin, qui a passé plusieurs années dans la colonie pour y chasser l’éléphant et autres animaux sauvages, raconte, dans le livre qu’il a publié, sous le titre ; du Natal au Zambèze ? qu’il a été