Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/231

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c’est-à-dire : « Elle souhaitait que le ciel eût fait d’elle un tel homme, » et ce que M. Aicard traduit :

Elle eût aussi voulu que le ciel l’eût fait naître
A ma place,

M. de Gramont écrit :

…….. . . . Elle ressentait une douleur mortelle
Qu’un tel homme n’eût pas été créé pour elle !

Cassio, après la tempête, dit en parlant d’Othello : « Je l’ai perdu sur une mer dangereuse : on a dangerous sea ; » M. de Gramont ne craint pas de traduire (le dernier mot est à la rime) : « Sur un terrible élément. » Lorsqu’Othello retrouve Desdémone à Chypre, il lui met sur chaque joue un baiser sonore et s’écrie : « Que nos cœurs n’aient jamais de plus grands désaccords ! » Et Iago murmure : « Oh ! maintenant vous avez bien le ton ! Mais j’arracherai les chevilles qui règlent cette musique. » M. Aicard traduit assez fidèlement :

Doux baisers qu’on m’accorde,
Vous serez à jamais nos seuls bruits de discorde !
IAGO, à part. — Bon, bon ! je changerai cette musique-là !

M. de Gramont s’avise de transposer la réplique dans le ton noble, ou plutôt dans le banal, et d’écrire :

Puisse toujours régner le même accord
Entre nos cœurs !
— Ils sont en bonne intelligence…
Tu les désuniras, n’est-ce pas, ma vengeance ?

Plus loin, ce charmant couplet, où Desdémone avec l’insistance familière d’une enfant gâtée, prie Othello de fixer le jour où Cassio recevra sa grâce : « Demain soir, ou mardi matin, ou mardi après midi ou le soir, ou mercredi matin ; je t’en prie, dis-moi le temps : qu’il ne passe pas trois jours, » — ce couplet que devient-il ? Ceci tout simplement :

Demain dans la soirée
Alors ? accorde-lui cette grâce espérée,
Je t’en conjure, avant trois jours.

Enfin, pour revenir à un passage plus fameux encore, ces deux vers d’une beauté si simple, d’une cadence si digne et purement délicieuse :

She loved me for the dangers I had pass’d,
And I loved her that she did pity them, —