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LE MOUVEMENT FINANCIER DE LA QUINZAINE

Cette quinzaine a vu la continuation de la crise sur les sociétés de crédit. Un moment on a pu craindre que la défaveur justifiée qui frappe quelques-unes d’entre elles ne s’étendît à toutes ; en une seule bourse, la baisse avait pris des proportions vraiment inquiétantes pour la santé générale de notre marché, encore si délicate, après les violentes secousses de janvier. Heureusement le bon sens du public et l’intervention opportune de la haute banque ont paré au mal et ramené la bourse dans la bonne voie. Il s’est établi une distinction entre les sociétés de crédit qui ont fait depuis longtemps leurs preuves et dont la vitalité n’est nullement atteinte, et celles dont la disparition volontaire ou forcée n’est plus qu’une question de temps.

Parmi ces dernières, celles qui ont attiré le plus vivement l’attention, parce qu’elles semblaient plus directement menacées, sont les trois sociétés qui constituent le groupe du Crédit de France, savoir le Crédit de France, le Crédit de Paris et la Banque romaine. Le premier a encore baissé depuis quinze jours d’environ 150 francs, les deux autres de 50 francs. On a dit qu’une véritable conspiration avait été ourdie par de hauts et puissans banquiers contre un grand nombre d’établissemens de crédit, mais que les conjurés entendaient procéder par séries, c’est-à-dire qu’après avoir abattu l’Union générale et la Banque de Lyon et de la Loire, ils voulaient maintenant démolir le Crédit de France et ses annexes pour s’en prendre ensuite à quelque autre groupe.

Nous croyons peu à l’existence de ce plan machiavélique. Il est possible toutefois que des ventes à découvert effectuées par dés spéculateurs perspicaces et connaissant bien leur terrain, aient poussé un peu vivement sur la pente des valeurs déjà peu solides et qui seraient tombées lentement d’elles-mêmes. Quoi qu’il en soit, la chute est un fait accompli, et il est douteux que les entreprises dont il s’agit puissent se relever.

Un autre établissement, également fort éprouvé, le Crédit général français, a réuni ses actionnaires hier en assemblée générale. Celui-ci ne propose ni fusion, ni appel de fonds, au moins pour l’instant, et se contente de ne pas distribuer les bénéfices acquis en 1881, afin de parer à la dépréciation du portefeuille.

En ce qui regarde les anciennes maisons, comme la Société générale et le Crédit lyonnais, le public n’a pas tardé à comprendre que les craintes conçues au moment de la panique étaient mal fondées et que ces institutions étaient outillées pour vivre et prospérer, même après