Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/30

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M. Littré a tirée de l’immense appareil érudit et dialectique déployé par Auguste Comte. Cette conception est le dernier résidu de sa pensée ; elle est aussi la vraie conclusion de tout le mouvement positiviste, la dernière unité subsistante entre les différons groupes de penseurs qui, à un degré quelconque, prétendent relever du positivisme.

Parmi eux, en France, il faut citer en première ligne les adeptes fidèles qui ont suivi Auguste Comte jusqu’au bout, tels que le docteur Robinet et M. Laffitte, et, d’autre part, ceux qui ont accompagné M. Littré dans son schisme antithéologique, tels que M. Wyrouboff et le docteur Charles Robin. L’église orthodoxe compte à Paris quelques centaines d’adhérens, tout au plus ; quelques groupes existent aussi en province ; on en signale en Suède et dans certaines contrées de l’Allemagne du Sud. En Angleterre, il faut faire la même distinction qu’en France, selon que les positivistes ont suivi Comte dans la dernière évolution de sa pensée (later Comtism) et qu’ils acceptent son système complet, philosophique, social et religieux, ou qu’ils se refusent à le suivre dans sa transformation et s’attachent exclusivement au Cours de philosophie positive (earlier Comtism), Miss Harriet Martineau, la chère disciple, Richard Congrève, qui depuis a fait une évolution dans le sens piétiste, et le docteur Bridges ont été d’abord les grands fidèles. Le docteur Bridges, notamment, a maintenu avec beaucoup de vivacité, dans une polémique qui a eu son heure en Angleterre, l’unité indissoluble de la doctrine d’Auguste Comte, prenant à partie Smart Mill, qui prétendait faire dans cette doctrine deux parts indépendantes l’une de l’autre, a l’une renfermant de grandes vérités avec un petit nombre d’erreurs, l’autre où quelques suggestions heureuses surnagent au milieu d’un véritable chaos d’incohérences. » — Mais Stuart Mill lui-même et un grand nombre de penseurs anglais, quelques-uns de premier ordre, MM. Bain, Bailey, Lewes, Herbert Spencer, ont reçu fortement l’empreinte de l’idée positiviste au moins au commencement de leur carrière philosophique. Ceux-là se sont dégagés très librement de cette influence dans ce qu’elle avait d’étroit et de trop particulier. Aucun pourtant ne désavouerait, j’en suis sûr, l’influence d’origine. — A côté de ces positivistes de la première ou de la deuxième heure, en France et en Angleterre, il faut marquer la place d’une multitude flottante et toujours croissante de positivistes d’intention et de fait, hommes de science, politiques, hommes du monde, qui, sans avoir approfondi la doctrine, se sont ralliés à ces deux propositions qu’ils ont nettement saisies à travers les complications et les obscurités de détail et où d’ailleurs se résume la philosophie de l’école : exclure la métaphysique et réduire la connaissance à la science positive, qui doit suffire à tout, étant la seule qui puisse