Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/337

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Dans les années qui suivirent, la sympathie qu’il avait ressentie pour quelques-uns de ses collègues se changea en une véritable amitié. Là où il voyait de fortes convictions, où il trouvait la fermeté de l’esprit et l’indépendance du caractère, il se sentait invinciblement attiré. A son plus ancien ami, M. Vivien, à M. Hippolyte Passy, avec lequel il marchait en plein accord, s’étaient joints quelques autres députés. Ils n’étaient pas assez nombreux pour former un parti, mais ils suppléaient au nombre par la valeur, philosophes politiques ne poursuivant pas d’utopies, redoutant également de paraître les courtisans du roi ou du peuple, jugeant sévèrement le ministère et la gauche, et regardant les événemens de haut et de loin, en discernant les fautes avec une clarté pour ainsi dire prophétique. Ils avaient grand besoin de trouver un refuge dans leur mutuelle estime, car la chambre se partageait de plus en plus en deux camps qui brûlaient chaque jour d’en venir aux mains. C’est le malheur des luttes qui divisent les hommes de tendre toujours à la formation d’armées adverses et irréconciliables. La discipline des partis est le plus impitoyable des jougs. A certaines heures, tout homme qui veut y échapper pour conserver la liberté de son jugement et de son vote risque d’être appelé transfuge. Il y a des esprits d’une trempe particulière qui n’ont jamais pu se plier, ni dans le gouvernement, ni dans l’opposition, à cette règle toute militaire, qui ont mis leur honneur à n’aliéner à aucun prix et en aucun cas la pleine indépendance de leur volonté. Ne suivant ni M. Guizot, ni M. Thiers, ni M. Barrot, M. Dufaure et ses amis n’étaient aimés d’aucun des groupes de la chambre. On les redoutait moins pour l’appoint de leurs votes, que pour l’influence toujours considérable de leur parole. Il n’y avait chez eux ni dédain du pouvoir, ni dépit d’en être éloignés. Ils croyaient sincèrement que le gouvernement marchait dans une voie funeste qui devait précipiter sa chute. Cette conviction était chez quelques-uns assez ancienne. M. Dufaure, qui avait soutenu pendant deux ans le cabinet du 29 octobre, s’éloignant de ses amis et sacrifiant ses préférences personnelles au rétablissement du concert européen et à la reconstitution de nos forces nationales, pensait qu’il était temps de songer à l’opinion publique. Tous voyaient poindre, entre les 220,000 électeurs qui composaient le pays légal et les influences de toutes sortes qu’excluait la lui électorale, ce terrible malentendu qui devait aboutir à une catastrophe. C’est à l’éviter que servent sous une constitution parlementaire les ministères wighs qui prennent à temps les affaires quand le pays est fatigué du bon sens un peu prosaïque des tories. Pour favoriser ces relais salutaires, il fallait sortir de la réserve où l’on s’était maintenu. M. Dulaure, qui avait soutenu l’année précédente l’adjonction des capacités, fit connaitre en 1843 tout son sentiment. « Nous