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I

Mignon fut donné à l’Opéra-Comique pour la première fois le 19 novembre 1866 ; six mois plus tard, cet ouvrage atteignait sa centième représentation, et depuis il n’a pour ainsi dire jamais quitté l’affiche. C’est donc, avec la Dame blanche et le Pré aux Clercs, le plus grand succès que l’Opéra-Comique ait rencontré, succès de pièce en même temps que de musique et témoignant, une fois de plus, en faveur de ce vieux genre national, si plaisanté, si décrié et cependant toujours vivace. La Dame blanche était née sous les auspices de Walter Scott, le Pré aux Clercs procédait directement de Mérimée, et Mignon empruntait à Goethe sa raison d’être : trois succès ayant fait époque dans la musique et dont la littérature réclame pour le moins moitié. Quels exemples plus démonstratifs que ceux-là ? Peut-être regretterez-vous que Scott, Mérimée et Goethe en personne n’y aient point mis la main ; pense-t-on que ce soit un mal ? Je croirais plutôt le contraire. Quelqu’un qui serait venu demander à Goethe de lui découper un poème d’opéra dans son Wilhelm Meister l’eût assurément fort embarrassé : cependant l’opéra comique y était, le poète l’y avait mis et ne s’en doutait