Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/476

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eu qu’une carrière assez courte comme homme public. Il entrait dans le parlement en 1846, presque à la veille d’une révolution, et en 1851, il quittait les assemblées pour n’y plus reparaîtra ; mais, dans cet intervalle de quelques années, il avait eu le temps d’être mêlé à tous les événemens, de marquer par l’action et par la parole. Était-ce un ennemi de la république ? Il défendait du moins la république légale, régulière contre les républicains qui l’attaquaient ou la mettaient en péril, et il précisait le point vif lorsqu’il disait : « Il y a un débat qui longtemps vous causera des difficultés, ce débat est entre la république modérée et la république qui l’est moins… » C’est encore le même problème qui s’agite aujourd’hui. Ministre dans le premier cabinet présidentiel avec M. Odilon Barrot, représentant à l’assemblée nationale, M. de Falloux se signalait par quelques-uns de ces discours qu’il reproduit maintenant, qui sont pour ainsi dire sa part dans l’histoire de 1848, et où il laissait tomber de ces mots décisifs : « La France ne veut ni des hommes qui ne sont capables de rien ni des hommes qui sont capables de tout… Le peuple ne veut ni des trembleurs ni de ceux qui font trembler… »

De ces temps éloignés de 1848-1851, où il a eu un rôle parfois décisif, dont il ne parle que comme d’une époque offrant pour le temps présent « un contraste instructif et des exemples salutaires, » M. de Falloux a gardé pour ainsi dire la marque indélébile. Il n’a été qu’un instant au pouvoir, mais il y a été pour l’action ; il a, comme ministre, coopéré du conseil, de la décision à quelques-uns des principaux actes de la politique de ces années agitées, à l’expédition de Rome commencée par le général Cavaignac, à la loi sur la liberté de l’enseignement, dont le principe était inscrit dans la constitution de la république. Les discours qu’il recueille aujourd’hui sont peu nombreux ; mais ils suffisent pour montrer dans cette fine et ferme nature d’orateur le nerf, la distinction, l’à-propos, la passion habilement dirigée, le trait allant droit au but. Il avait ce qui donne l’autorité dans les assemblées, et cette autorité conquise par la parole, par la résolution, il l’a gardée jusque dans la retraite où il s’est réfugié depuis longtemps, où il est resté un conseiller interrogé et consulté, quoique pas toujours écouté dans son parti.

Ce qu’il y a de curieux, de caractéristique en effet, c’est que hors du parlement comme dans le parlement, dans cette carrière de libre activité prolongée au-delà des années de vie publique, M. de Falloux a eu affaire à des adversaires de plus d’un genre. Par sa fidélité aux traditions monarchiques, par sa foi religieuse qu’il ne cache pas, il devait nécessairement être en guerre avec ceux qui prétendent faire de la république la destruction des croyances, des mœurs, des intérêts traditionnels de la France : c’était tout simple ; mais il n’a pas rencontré une opposition moins vive, des hostilités moins acerbes parfois dans