Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/477

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un autre camp. Il a été, il est encore traité presque en ennemi par des catholiques, par des royalistes, et plus d’une de ces pages reproduites aujourd’hui est le bulletin d’une bataille qui n’est même pas finie, qui ne finira peut-être jamais. Cela tient tout simplement à ce que M. de Falloux est essentiellement un politique, un homme d’état, et comme homme d’état, comme politique, il ne poursuit que ce qui est possible. Il vit dans son temps et dans son pays, s’efforçant de concilier dans ses opinions le respect des traditions de la France et l’attachement à la société moderne. Il n’est ni pour la révolution, ni pour la contre-révolution, et s’il est persuadé qu’il y a des républicains qui perdent les républiques, il croit aussi qu’il y a des royalistes qui perdent les royautés, comme il y a des catholiques qui perdent la religion. C’est là ce qu’on ne lui pardonne pas. En réalité, c’est un constitutionnel, un libéral qui tient à ne pas se séparer du pays, et il l’a montré le jour où, ayant à se prononcer dans une réunion de royalistes sur le drapeau, il disait : « La France s’effraie de l’ancien régime jusqu’à la monomanie, et c’est là ce qu’elle personnifie dans le drapeau blanc. » M. de Falloux parle en modéré, et si à rester dans la modération entre, les partis contraires, comme il le dit, a on court le risque de tomber victime des feux croisés, » il reste la ressource de demander aux ultras de tous les bords ce qu’ils ont fondé, ce qu’ils ont réussi, à faire vivre avec l’absolutisme de leurs rêves et de leurs passions. C’est là encore, après tout, un genre d’enseignement à l’usage des républicains d’aujourd’hui qui ont leurs ultras, auxquels ils ne savent pas toujours résister, — qui ont à choisir plus que jamais, plus qu’en 1848, entre « la république modérée et la république qui l’est moins. »

La république modérée a l’avantage de laisser la France libre dans ses affaires extérieures comme dans ses affaires intérieures, et cette liberté de la politique nationale n’est peut-être pas de trop dans un moment où il peut y avoir de délicates négociations à poursuivre, des mesures à prendre. Ce n’est point sans doute que la situation générale de l’Europe paraisse menacée, qu’il y ait sur le continent des signes de prochains orages. Les peuples de l’Occident sont pour la paix, les gouvernemens sont trop occupés pour perdre leur temps en mauvaises querelles ; mais il reste toujours une question certainement grave parce qu’elle peut faire renaître toutes les complications orientales, parce qu’elle met en jeu tous les intérêts d’influence : c’est cette question égyptienne qui, depuis quelque temps, semble prendre d’heure en heure des proportions plus inquiétantes, qui en est venue dans ces derniers jours à provoquer les délibérations des gouvernemens. Ce qui arrive en Égypte depuis plus d’un an est la suite de ces agitations, de ces insurrections militaires qui ont pris rapidement le caractère d’une véritable révolution, qui ont fait d’un simple colonel un ministre de la guerre, une sorte de dictateur se servant d’une chambre des notables