Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/485

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jamais été aussi abondantes, comme le prouve le montant si élevé des dépôts dans toutes les caisses ; mais si l’argent n’est point rare et se montre encore à l’occasion, comme il vient de le faire à propos de l’émission des actions du canal de Corinthe, où plus de 200,000 titres ont été demandés pour 60,000 offerts, il manifeste une profonde répulsion pour tout ce qui touche à la spéculation pure et aime mieux demeurer inutile et inoccupé que d’aider à vivre, en les reportant, quantité de valeurs déjà fort compromises ou sur le point de tomber à l’état de feuilles mortes. De là cette cherté des reports qui a causé quelque surprise et suscité bien des réalisations de bénéfices, bien des allègemens de positions.

La hausse constante des actions de la Banque de France, l’examen attentif des mouvemens des changes, et des variations que présentent les données du bilan de la Banque d’Angleterre, ne permettent pas d’espérer que nous puissions revoir avant peu coïncider l’abondance des ressources avec le bon marché des capitaux. Il ne faut pas oublier non plus que la seconde moitié du grand emprunt italien vient d’être mise en souscription à Londres, que cette opération financière n’y a obtenu qu’un succès d’estime, et que, malgré le froid accueil fait au nouveau fonds par le public de presque tous les marchés européens, les contractans de l’emprunt n’en ont pas moins à verser au gouvernement italien une somme de 10 millions de livres sterling, dont 5 immédiatement, et les 5 autres dans un délai de huit mois. Quelque précaution que prennent ces contractans pour ne provoquer aucune perturbation sur le marché monétaire, ils n’en seront pas moins amenés à puiser indirectement aux sources mêmes du ravitaillement des espèces, à la Banque d’Angleterre et à la Banque de France.

Si du marché des fonds français nous passons à celui des valeurs se négociant au parquet et notamment dés actions des institutions de crédit, nous avons à constater pour cette quinzaine la continuation de la baisse sur les titres des établissemens de troisième et de quatrième ordre, déjà si profondément atteints qu’on rie les croyait plus susceptibles d’une dépréciation nouvelle. La déroute est complète et il serait à souhaiter dans l’intérêt de la tenue générale du marché que toutes les sociétés fatalement destinées à disparaître se résignassent à un sort inévitable plutôt que de chercher par des combinaisons artificielles de fusions à prolonger pendant quelques mois Une existence des plus misérables. Voici le Crédit de France arrivé à 270 francs, ce qui représente 20 francs, plus le droit et l’obligation de verser 250 fr. La Banque romaine et le Crédit de Paris ont encore perdu environ 50 francs depuis le 1er mai, ce qui ramène leur valeur effective à environ 100 francs. Quand tous ces débris auront été amalgamés, sortira-t-il du mélange un corps sain et vigoureux ? Et ne vaudrait-il pas mieux