Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/521

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


nécessitées par la résistance des contribuables atteignaient et dépassaient même souvent la valeur des dîmes encaissées. Le clergé anglican d’Irlande, malgré le chiffre énorme de sa dotation, se vit dans la détresse. Seuls les évêques et les chapitres, dont le principal revenu était le produit des biens de mainmorte, se trouvaient encore très largement pourvus ; mais le recteur, mais le vicaire de campagne, qui n’avait pas d’autre ressource que la dîme, allaient être réduits à vivre de la charité privée.

Dès l’ouverture de la session de 1831-1832, le gouvernement s’était préoccupé de ce triste état de choses. Le discours du trône avait appelé l’attention du parlement sur les difficultés que rencontrait le recouvrement des dîmes irlandaises ; des commissions spéciales furent nommées par les deux chambres pour étudier la question. Elles présentèrent à bref délai leurs rapports, dans lesquels elles arrivaient à des conclusions à peu près identiques. Elles demandaient pour l’avenir la suppression des dîmes et leur remplacement, soit par une taxe sur la propriété foncière, soit par une dotation spéciale. En attendant, il fallait venir immédiatement au secours du clergé des campagnes. Les commissions conseillaient au gouvernement de faire des avances aux desservans sur les dîmes en retard de 1831. Il se rembourserait directement de ses avances en opérant lui-même le recouvrement de cet arriéré. Cette dernière proposition, vu son caractère d’urgence, fut présentée immédiatement à la chambre des lords par lord Lansdowne et à la chambre des communes par Edouard Stanley. La discussion fut très vive dans la chambre basse. les vieux tories voyaient avec inquiétude mettre en discussion l’organisation de l’église anglicane d’Irlande. Ils comprenaient qu’après avoir fait un premier pas dans cette voie, on ne s’arrêterait plus. Les députés irlandais, et O’Connell à leur tête, blâmaient le gouvernement de se faire le receveur-général des dîmes irlandaises et d’attirer sur lui toutes les haines que provoquait cet odieux impôt. Il n’y avait cependant pas d’autre moyen de sortir des difficultés présentes. Le gouvernement fut donc autorisé à faire des avances aux desservans irlandais jusqu’à concurrence de 60,000 livres sterling (1,500,000 francs) et à prendre les mesures nécessaires pour faire rentrer les dîmes arriérées.

L’autre partie du plan élaboré par les deux commissions spéciales était moins urgente et en même temps d’une réalisation plus difficile. La question du rachat ou de la transformation des dîmes était depuis longtemps à l’étude. William Pitt s’en était préoccupé dès 1786. Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, il avait de saines idées, qu’il abandonna ou dont il ajourna l’exécution lorsqu’il se vit absorbé par la lutte contre la révolution française. En 1824, au moment du réveil des idées libérales en Angleterre, une loi fut votée