Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/622

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du code et versé la contribution annuelle dans la caisse du percepteur. Non, il y a d’autres devoirs. Il y a une famille à créer, aussi nombreuse qu’elle peut l’être. Il y a une génération nouvelle à mettre au monde, qui assurera l’avenir de la patrie. Assurément ces devoirs entraînent de lourds sacrifices, le père aura à redoubler son labeur pour suffire à l’entretien de la petite famille. La mère, après une longue et pénible gestation, aura les soins écrasans du ménage. Mais après tout, les joies de la famille, l’assurance d’une vieillesse tranquille, au milieu d’enfans qui rendront aux vieux parens les soins d’autrefois, n’est-ce pas vraiment la compensation de bien des peines ?

Ce n’est pas tout encore : il faut que la tendresse des parens soit plus éclairée. Si les Français ont peu d’enfans, en revanche, pour ceux qu’ils ont, leur affection est égoïste, aveugle, exclusive. Un père, une mère ne pourront guère se résoudre à laisser leur enfant, devenu un homme, s’établir loin d’eux dans une de nos colonies. Pourquoi quitter celte France où l’on est si bien, et ce foyer paternel où la vie est si facile, pour chercher fortune dans des régions inhospitalières ? Les Français ne sont plus aventureux comme autrefois. Emigrer dans des pays lointains et peu connus, entreprendre des œuvres nouvelles, rompre avec la vieille routine, toutes ces audaces que nos pères ont eues sont devenues tellement rares de nos jours que le peuple français est à présent le plus sédentaire et le plus routinier du monde. Or, si nous n’émigrons pas, si nous ne sortons pas des étroites limites qui nous sont fatalement imposées sur le sol européen, nous sommes condamnés à ne pas grandir, et bientôt, dans quelques années peut-être, à décroître, alors que toutes les autres nations grandiront dans des proportions énormes.

A ceux qui auront eu la patience de lire cette étude ou plutôt cette ébauche, je voudrais, imposer une autre tâche plus difficile encore. Si je les ai convaincus, comme je l’espère, il ne suffit pas d’une approbation vaine : il faut qu’à leur tour ils défendent ces idées que j’ai émises après tant d’autres. Il faut que, dans la mesure de leur influence, ils contribuent, par leurs paroles, par leurs écrits, par leurs actes, à propager cette opinion que des réformes profondes sont nécessaires et urgentes. La France est un pays bien puissant encore et bien riche ; mais cette puissance et cette richesse vont décroître, elles vont disparaître si l’on n’arrête pas les progrès menaçans de notre infécondité. Peut-être y aura-t-il des remèdes efficaces, mais, s’il n’en est pas, il faut désespérer de l’avenir. Finis Galliœ.


CHARLES RICHET.