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trésors de Guarrazar, qui figurent aujourd’hui dans notre musée de Cluny, on n’en trouve d’autres vestiges appréciables que dans les soubassemens de quelques monumens, à Pombal, à Porto et à Coimbra, et dans la série des monnaies d’or de la dynastie.

Les Maures, qui jusqu’à la fin du XVe siècle dominent encore en Espagne et gardent Grenade pour capitale, ont laissé, depuis la Méditerranée jusqu’au centre de la Péninsule, de merveilleux monumens qui attestent une puissance de production considérable et le goût le plus élevé ; dans le Portugal, au contraire, si on en excepte un Alcazar défiguré à Cintra, il est difficile de constater leur domination par les monumens ; à peine reste-t-il quelques aqueducs faits et refaits à trois reprises, différentes, et des châteaux-forts, sentinelles avancées placées au sommet des penhas pour surveiller la plaine et la mer, et transformés depuis par dom Sébastien.

C’est là une différence essentielle ; dès le XVe siècle, la nation portugaise, constituée sous un chef, se ligue contre le musulman ; le 25 juin 1139, après la bataille de Campo-Ourique, c’en est fait de la domination musulmane ; il n’y aura plus que des retours offensifs qui seront pour elle l’occasion de sanglantes déroutes. Donc, pas de monumens superbes comme la mosquée de Cordoue ou les monumens de Séville et de Grenade, constans exemples qui influencent les Espagnols et créent chez eux un art mixte : l’art mude jar. On sait comment, au continuel contact du chrétien et du mahométan, qui au lendemain de la lutte vivent côte à côte en respectant mutuellement et conservant leurs usages et leur religion, chacun des deux peuples s’influence : là, comme partout, c’est le chrétien qui emprunte, tandis que le mahométan garde ses formules inflexibles et son trésor de traditions intact. Le chrétien, lui, reçoit de France, d’Allemagne et d’Italie ses modèles et ses exemples, tandis que le mahométan a les yeux tournés vers Damas ou Constantinople. Or je ne sache point que, de tous les objets qu’on nous a présentés à Lisbonne : armes, objets consacrés au culte, coffrets en ivoire, émaux, coupes, bassins de bronze qui portent le cachot de ce temps et le caractère de l’ornementation mauresque, aucun puisse être attribué spécialement au Portugal, tandis que la plupart des ivoires, ornés de caractères coufiques qui disent lisiblement leur âge et leur provenance, sont d’origine espagnole.

A partir du XIIe siècle, le royaume de Portugal est donc constitué en pays indépendant sous un prince français, descendant de Hugues Capet, arrière-petit-fils de Robert roi de France, quatrième fils de Henri, duc de Bourgogne. Le roi de Castille, Alphonse VI, auquel il a prêté le secours de son bras contre les Maures, lui a donné le territoire avec la main d’une de ses filles, Tareja. Jusqu’au jour où