Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/748

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a fini par se changer en conviction. Je l’ai cachée longtemps sous le boisseau, parce que le genre humain, dans son état actuel, ne vaut pas la peine qu’on lui jette une vérité inutile. Maintenant j’ai besoin qu’elle jaillisse, peut-être parce que le vase va éclater. Si tu daignes lire cela de plain-pied avec moi, et en t’abstenant jusqu’au bout de la haute dérision des sages, tu comprendras ce que j’ai compris et tu sauras ce que je sais, c’est-à-dire la vérité matérielle, essentielle et indispensable de la résurrection, prouvée par des argumens plus clairs que le soleil dans son midi, par un beau jour d’été, et cent mille fois plus certains, hélas ! que notre réveil de demain.

Ne va pas penser que je prélude au choléra par une fièvre cérébrale. Non, mon ami, je ne suis pas fou. Non, je ne me crois pas inspiré. Non, je ne veux ni fonder une école philosophique ni prendre place parmi les illuminés des religions. Le hasard seul a jeté en moi une perception immense, incommensurable, qui a le caractère le plus évident de la vérité. C’est qu’aucun homme qui pense ne peut la contredire sans s’accuser dans son cœur de mauvaise foi et de mensonge, et cette perception, c’est celle du système de la création tout entière avec son commencement et son but. Les sages de l’Inde, et après eux Pythagore, Charles Bonnet, Kant, qui sont les plus grands génies de tous les siècles, en ont aperçu quelque chose ; Cuvier aussi, mais la chaîne s’est rompue dans sa main sans qu’il osât la renouer. Moi je la tiens, j’en suis sûr, il n’y manque pas un anneau, et l’univers est complet et sublime comme il devait l’être.

Oh ! comprends-tu la joie d’une âme d’enfant, d’une âme ignorante et malade, dans laquelle une telle pensée est tombée plus lucide que le sentiment de sa propre existence, d’une âme troublée par l’angoisse horrible que nous nous sommes communiquée tant de fois, d’imaginer que la vie de l’homme n’était qu’une mystification, et qui s’assure tout à coup, par un effort bien étranger à son intelligence, que la vie de l’homme est exactement rationnelle, qu’il remplit le chemin qu’il doit remplir, que les fléaux eux-mêmes sont bons parce qu’ils sont les instrumens du perfectionnement universel ? Ajoute qu’il n’y a rien là de l’imagination ; le contraire est impossible.

Cacher cela, pourquoi ? et pourquoi le donner ? La gloire, peut-être ? Une gloire d’homme, grand Dieu ! et que vaut une gloire d’homme, je vous en prie, quand on sait au juste ce que c’est qu’un homme ? Le fait est que mon expansion causeuse et prodigue a mis quelques personnes dans ma confidence, que cette idée a préoccupé des masses intéressées à émouvoir et que je ne veux pas qu’elle serve à une déception. J’en tirerai les élémens qui suffiront à ta conviction. La mienne est confirmée à toutes les minutes par des solutions expérimentales. Je sais ce que je sais et que ce que je sais est vrai.